Vous aimez vous poser des questions ! Et vous êtes intrigué par la voie express qui part de Morlaix pour Roscoff ???
1 – Cette 4 voies a-t- elle été construite parce que Roscoff est le port des ferrys vers l’Angleterre ou l’Irlande ?
2 – Ou parce que Johnny est à l’origine de cette amitié anglo-française !
3- Ou est-ce du à une certaine histoire d’amour entre une reine d’Ecosse et un roi français ?
4 – Ou plutôt à une histoire d’armateurs, de corsaires et de pirates !
1 – Cette 4 voies a-t- elle été construite parce que Roscoff est le port des ferrys vers l’Angleterre ou l’Irlande ?
Si vous êtes un habitué de Roscoff, vous l’avez prise cette voie rapide qui longe la baie de Morlaix. Par quel miracle, Roscoff (3 à 4 000 habitants) a –t-elle ce privilège ?
Certes, Roscoff, c’est le ferry vers
Plymouth et
Cork. Et pour les Anglais et les Irlandais, c’est le début des vacances… en France.
C’est un début de réponse mais
pourquoi Roscoff plutôt qu’un autre port de la côte bretonne ?
Et bien pour des
raisons économiques… qui s’explique par des
raisons climatiques…
Toute la région autour de Roscoff bénéficie de deux atouts majeurs :
- un
climat très régulier avec une amplitude thermique faible (différence entre les températures les plus hautes et les plus basses) due au
Gulf Stream (courant d’eau chaude qui passe devant Roscoff)
- l’
excellence de ses terres (
qui se vendent 12 000 à 16 000 fr l’hectare, en 1884 dans le guide Joanne).
Oui, et alors…
Alors cela crée les conditions uniques pour une
agriculture exceptionnelle.
On récolte presque sans interruption même en hiver … Les produits agricoles de Roscoff sont expédiées à Paris, à Brest, dans les ports de Hollande et d’Angleterre et surtout sur les côtes anglaises de Cornouaille : en 1875, il a été expédié de 7 803 055 tonnes de pommes de terre, 2 millions de kg d’artichauts… la jetée du port est pleine de charrettes qui apportent les légumes pour les bateaux. (Guide Joanne de 1884)
Pas étonnant que cette partie du littoral soit appelée la
Ceinture dorée. Les primeurs y poussent avec un bon temps d’avance sur le reste de la baie (3 semaines) et la douceur de la côte permet une succession de cultures rapides. Plus de
70 % des choux fleurs et artichauts français sont produits ici.
Si vous vous baladez sur les sentiers des douaniers du coin, vous verrez pousser la richesse agricole. Toutes les parcelles sont cultivées.
Et cette production, il faut bien l’
écouler. Sans s’inquiéter des marées qui vident le vieux port et gênent le traffic commercial. Roscoff a besoin d’un
port en eau profonde et de l’énergie d’un homme,
Alexis Gourvennec qui crée avec les capitaux des agriculteurs (et l’aide de l’état qui veut désenclaver le Finistère) une ligne avec l’Angleterre pour écouler les légumes de la région (1972). Et les touristes … C'est comme ça que la
Brittany Ferries a commencé les liaisons transmanche.
2 – Ou parce que Johnny est à l’origine de cette amitié anglo-française !
Cette liaison avec l’Outre Manche ne date pas d’hier, ni de Johnny.
Les
oignons de Roscoff avaient déjà crée le passage. Oui, en
1828, un des premiers Johnnies part en Angleterre exporter ses
oignons rosés. On appelait ainsi ses marchands car, à l’époque, ils emmenaient avec eux leurs jeunes enfants. Les Britanniques les surnommaient Johnnies (
petit Jean car tous les Bretons s’appelaient Yann (Jean) à l’époque !!!). De la mi juillet, pour
5 à 9 mois, les vélos couverts de tresses d’oignons, ces hommes faisaient du porte à porte. Plus de 1200 Johnnies ont fait la traversée avant la 2e Guerre Mondiale.
Cette race d’
oignon rosé a été rapportée du Portugal par un moine (mi XVIè) et s’est peu à peu imposé dans la région. En effet, pour les marins toujours en lutte contre le
scorbut (maladie due à un manque de vitamines), l’oignon était pratique pour les navires ; il pouvait être emmené à bord et conservé retardant ainsi les effets de la maladie sur les équipages. Le commerce s’est arrêté après la guerre. Un petit musée à Roscoff retrace cet épisode roscovite.
3- Ou est-ce du à une certaine histoire d’amour entre une reine d’Ecosse et un roi français ?
Les liens avec l’Angleterre existaient bien avant cette histoire d’oignon…
Marie Stuart, la reine d’Ecosse… La légende dit qu’elle aurait résidé ici.
La future femme de François II accosta à Roscoff en
1548 pour aller rejoindre la Cour de France, y poursuivre son éducation avant d’épouser 10 ans plus tard en 1558 le roi. Mais c’est une légende, car les maisons où elle aurait résidé n’existaient pas à l’époque!!! La
chapelle Saint Ninien
ou plutôt ce qu’il en reste (tout prêt de la
tour de guet, vestige des anciens remparts de la ville) commémore l’épisode écossais.
4 – Ou plutôt à une histoire d’armateurs, de corsaires et de pirates !
Les relations avec l’ennemi héréditaire –je parle des Anglais- sont aujourd’hui, non seulement apaisées, mais fort nombreuses, il n’en a pas toujours été ainsi.
Au
Moyen Age et même après, Roscoff a été à maintes reprises
attaqué et détruit par les Anglais. L'honneur est sauf car l’inverse est aussi vrai. Egalité alors…
C’est un «
trou de flibustiers, vieux nid à corsaires » (Tristan Corbière poète breton du XIXè) et un
port qui commerce avec
les Flandres, l’Espagne ou le Portugal (lin, toiles, sel…) jusqu’à la Révolution où il devient un lieu de contrebande d’eau de vie, de thé et de genièvre avec les Anglais … Les
Wines and Beer sont les dignes successeurs de cette époque !!!
Cette richesse des armateurs a laissé des traces :
lucarnes et autres sculptures dans le granit décorent les maisons roscovites.
Une petite carte pour vous repérer...
Lisez cet article en anglais :
Roscoff gateway to Britain and Ireland