Patrimoine insolite : le menhir christianisé de Saint Uzec (Saint Duzec) en Bretagne


La côte de granit rose est magnifique et ses pierres bien curieuses, je sais. Mais juste un peu dans les terres, vous pouvez découvrir une autre pierre unique et insolite du patrimoine breton.

C’est évident pour tout le monde, la Bretagne est une terre de menhirs (men en breton signifie pierre et hir levée). Et même si on ne sait pas trop quelle signification leur donner, il y en eut partout. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui ont disparu mais on en a encore quelques uns qui valent le détour.

Si vous séjournez sur la côte, près de Pleumeur Bodou, il faut vous rendre au menhir de Saint Uzec (Saint Duzec) sur la commune de Plemeur Bodou et sa chapelle qui est en face. Parce que...

Il est impressionnant
Il fait face à une chapelle qui a un clocher mur
C'est un monument classé
Il est orné de 27 arma christi
Menhir vu de la chapelle Saint Uzec


Ce menhir est impressionnant.
Sa taille d’abord, autour de 8 mètres, au sommet d’une colline, on le voit de bien loin. On ne connaît pas sa signification en tant que pierre levée du néolithique (-5000 à –4000 avant JC) mais on se doute de celle qu’on a voulu lui donner quand elle a été ornée d’une croix, de 27 sculptures et d’une peinture qui a été effacée par le temps.

Il fait face à une chapelle qui a un clocher mur
On le voit très bien de la chapelle sur la colline d’en face : la chapelle Saint Uzec.

Chapelle de Saint Uzec à  Pleumeur Bodou


Cette église gothique de granit a été construite à la fin du XVè siècle, bien avant la transformation du menhir en croix. Son clocher est original – un clocher-mur- tout rectangulaire dans lequel il pourrait y avoir 3 cloches. Elle est consacrée à Saint Uzec (aussi Josse ou Judoc), un prince breton du VIè siècle qui ne voulait pas hériter de ses terres et de son titre et a préféré devenir ermite. Un pardon le vénère le 2è dimanche de juillet.

On dit Saint Uzec ou Saint Duzec car, en breton, -nous sommes en terre bretonnante ici- est liée à la liaison de Zant à Uek qui donne Saint-Duzec.

C'est un monument classé
En face se dresse le menhir. On devait le voir de très loin et sa caractéristique chrétienne pouvait ainsi frapper les esprits.Taille imposante, entouré d’un enclos,

Menhir christiannisé de Saint Uzec dans son enclos


surmonté d’une croix et orné de scultures symboliques, tout est là pour en faire un des plus beaux menhirs christianisés de Bretagne. Il est classé Monument Historique depuis 1889.

Il est orné de 27 arma christi
Le menhir a été transformé en 1674, dit la tradition. Et c’est comme s’il rassemblait à lui seul tous les symboles du christianisme, le tout surmonté d’une croix sculptée avec un Christ en croix. Deux calices recueillent son sang.



Les 27 sculptures sont des arma christi (instruments ou objets de la Passion). Ces images évoquaient les souffrances et le supplice du Christ, avant et pendant la crucifixion (Passion du Christ). Elles étaient fréquentes au XVIIè siècle. Et comprises par la population. Aujourd'hui, ces symboles ne sont pas clairs pour tout le monde... Une petite révision s'impose !
Le soleil et la lune symbolisent la résurrection et la mort. Une lance et un bâton ou une lance et un roseau avec une éponge (qui assouvit la soif du Christ sur la croix) évoquent l’arrestation de Jésus.
Entre les deux, l’aiguière (un vase) et une main rappellent Ponce Pilate qui l’a condamné à mort. Une femme à genoux en prière (qui suivait Jésus lors de son ascension du Mont), et, sous elle, le voile de Véronique (qui a servi à essuyer le visage du Christ). Le coq du reniement de saint Pierre est juché sur la colonne de la flagellation. Une échelle évoque la descente de croix. De chaque côté on voit les deux fouets. En dessous, et de gauche à droite, l’épée de saint Pierre qui trancha l’oreille de Malchus, le serviteur du grand prêtre, une lanterne nous mène à l’arrestation, au jardins des Oliviers, puis des tenailles et un marteau sous lesquels se trouve les deniers de Judas. Sur la dernière ligne enfin, la tunique sans couture (vêtement que la Vierge a tissé pour son fils et qui a grandi avec lui), les dés (pour tirer au sort les vétements de Jésus de Nazareth les répartir entre les soldats). les trois clous. La tête de mort est celle d’Adam : une légende, en effet, rapporte que celui-ci fut enterré sur le Golgotha (lieu de la crucifixion). Sous l’échelle, deux os croisés pourraient signifier la descente aux enfers.
Un grand panneau explicatif vous expliquera le menhir côté pile et côté face. Les sillons verticaux sont le signe de l’érosion… Il pleut en Bretagne, hein !

Erosion sur le menhir christiannisé


Sur de vielles cartes postales du siècle dernier, on distingue une peinture du Christ en croix qui a malheureusement disparu depuis. Les sculptures étaient aussi peintes.
On peut faire des randonnées dans ce coin, elles sont bien indiquées. Alors, un jour de temps maussade, partez en balade, vous ne le regretterez pas. Il existe sur la commune un autre menhir sculpté d’un croix dans le lieu dit de Saint Samson. Je ne l’ai pas trouvé. Mais si vous le croisez au gré de vos balades, faites moi signe…

Lisez cet article en anglais : Unusual heritage : Christianized standing stone at Saint Uzec in France (Brittany)


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Commentaires

1. Le mardi 7 juillet 2009 à 22:25, par Jean-Claude EVEN

Bonjour à tous,

Voici une série de photographies et documents concernant le menhir de Saint Duzec.

2. Le mardi 4 mai 2010 à 10:21, par LN

Merci pour ce lien vers les photos du menhir de Saint Uzec... C'est vrai qu'à défaut de s'y rendre, on peut aussi l'admirer par les images...

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Pourquoi ne pas lire aussi :


Menhirs, dolmens, cromlechs et autres cairns en Bretagne : testez vos connaissances

Menhirs, dolmens, cromlec'hs, vous n’y comprenez rien . Voici les réponses que vous attendiez sur tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la culture mégalithique… et en quelques minutes …

1 - Le plus gros menhir de Bretagne pèse plus de 30 tonnes ?
Oui et beaucoup plus même. Le menhir, men en Breton veut dire pierre, et hir long est une pierre unique, dressée. C’est la pierre que transporte Obélix dans son dos. Le plus imposant est à Locmariaquer (Morbihan), il est brisé mais il faisait 21 mètres et plus de 300 tonnes.


obelix et son menhir

2 - Un dolmen est un cercle constitué de différents menhirs ?
Non, c'est pas du tout ça. Le dolmen, en breton, table de pierre, est une construction de pierres : une allée couverte, c’est à dire deux rangs de pierres plantées dans le sol couverts par un toit lui aussi en pierre. Le dolmen a souvent perdu son toit… et a différentes architectures avec un couloir plus ou moins long et une à des chambres rondes, rectangles… la Roche aux Fées (Essé, Ille et Vilaine) en est un bel exemple. Il devait être à l’époque couvert par un tumulus (pierres et terre).

dolmen de la Roche aux Fées


3- Et le cromlec'h, le cairn ?
Le cromlec'h c’est un cercle fait de pierres plantés dans le sol.
Le cairn est une construction en pierre (type dolmen) recouverte d’un tumulus, c’est à dire d’une montagne de pierres qui le cache complètement et qui lui donne l’aspect d’une colline, comme à Barnenez et Gavrinis, deux exemples bretons. Ici c’est celui de Dissignac près de Pornichet, Loire Atlantique.

tumulus de Dissignac



Toutes ces constructions sont édifiées à des époques différentes et avaient vraisemblablement des buts différents. Certaines des pierres utilisées dans les constructions sont décorées (idoles gravées, hache, crosse, motifs géométriques). D’autres ont été couchées au sol ou détruites dès l’époque mégalithique, on ne sait pas pourquoi. A l’époque où le christianisme s’impose en Bretagne les pierres sont utilisées dans les rites paiens et l’église qui se méfiait de ces signes du passé les christianise en y ajoutant des croix ou en les gravant à l’image de leur religion.

menhir de Saint Uzec


4 - Les Egyptiens avaient déjà construit leurs pyramides quand nos ancêtres s’occupaient de transporter leurs menhirs.
Et bien non. Certaines des constructions bretonnes sont beaucoup plus anciennes. Ce n’est qu’en 1950 avec le carbone 14 qu’on a pu précisément les dater. On découvre que les hommes du néolithique les ont construites entre – 5000 et – 2000 avant Jésus Christ alors que les Egyptiens commencent leurs pyramides autour de - 3000 quand nos Paléo-Bretons les abandonnent. On a l’impression que toutes ses pierres sont érigées en même temps mais l’architecture des sites évolue pendant les 3000 ans concernés. Les couloirs sont longs, courts, inexistants, à une ou plusieurs chambres…


menhirs et pyramides


5 - Les menhirs , dolmens et autres constructions mégalithiques ont été construits
a - par les Celtes
b - par les druides ?

a - On les attribue à tort aux Celtes depuis le XVIIIè siècle quand les « scientifiques » de l’époque commencent à s’intéresser à ces drôles de constructions. C’est d’ailleurs de cette époque que date le terme mégalithe (1877, le Robert, monument de pierre brute de grande dimension). ils sont arrivés vers - 500.
b – César parle des druides et de leurs constructions en pierre mais on sait maintenant qu’ils les ont utilisées mais pas érigées

6 – c’est Pantagruel et ses amis les géants qui ont laissé des menhirs un peu partout ?
Oui. Pantagruel a laissé une dent à Saint Suliac (menhir de Saint Suliac, Ille et Vilaine) et un caillou qui le gênait dans sa chaussure au Fort Lalatte, au Cap Frehel ...

7 - Ce sont les Fées qui ont déplacé ces pierres de plusieurs tonnes ?
A la Roche aux Fées, oui mais pas ailleurs.

le travail des fées


Cette civilisation du néolithique n’a laissé aucune trace écrite et les archéologues supposent avec ce qu’ils découvrent au gré des sites. Ces hommes maîtrisaient l’agriculture, étaient donc sédentaires, organisés. Un chef devait les diriger et demander l’aide d’autres communautés environnantes pour bâtir ces monuments. Ces mégalithes supposent une société avec des « géologues » (les pierres ne sont pas choisies par hasard et viennent de loin, de quelques kilomètres à plusieurs centaines de kilomètres. A Stonehenge, plusieurs types de pierre sont utilisées , certaines originaires de plus de 210 km), des « ingénieurs » pour l’architecture des monuments, des « astronomes » pour l’orienter par rapport au soleil. Plusieurs expériences ont été menées pour déplacer ou lever les pierres. En 1979 à Stonehenge, une centaine d’hommes sont arrivés à tracter une pierre de 32 tonnes, posée sur des rondins de bois et tirée par des cordes végétales. Pour la lever, il fallait une soixantaine d’hommes qui la faisaient glisser dans un trou préalablement creusé et qui la calaient ainsi.
Quant à la façon dont ils extrayaient les énormes blocs des carrières, les théories disent que les hommes devaient introduire des coins de bois dans les anfractuosités des blocs de pierre, qu’ils les faisaient ensuite gonfler d’eau ce qui fissurait le bloc et détachait la pierre. Il fallait certes être patient.

8 - L’architecture mégalithique n’existe qu’en Bretagne ?
Non, mais la Bretagne avec Carnac est le spot mondial pour le nombre de pierres (près de 3000 mais on pense qu’il y en avaient beaucoup plus à l’époque , on parle de 10000). Il en existe ailleurs dans le monde. On en a trouvé en Colombie ou dans les Célèbes. Et il existe plus près, en Europe, des constructions en pierres monumentales impressionnantes en Corse, en Sardaigne, aux Baléares, à Malte…

9 - Il ne reste plus que 5 à 10% des menhirs qui existaient en Bretagne ?
Oui. Au XIX è siècle avec l’essor des sociétés savantes qui veulent étudier le passé et le mégalithisme, de nombreux sites vont être bouleversés. Les fouilles alors étaient très destructrices, on démontait les tumulus pour voir ce qu’il y avait dedans. Et on le rasait. Parallèlement et ce depuis toujours, les particuliers cherchaient des pierres pour construire leurs maisons, les constructions de routes ou de chemin de fer ne s’encombraient pas de notions patrimoniales.

10 - On ne retrouve pas d’ossements sous les pierres bretonnes parce que ce ne sont pas des tombes.
Ce sont souvent des tombes individuelles ou collectives mais on ne retrouve pas d’ossements en Bretagne car le sol est trop acide et a fait disparaître les os. Si on a rarement retrouvé des ossements, on a par contre retrouvé des pendeloques, perles, haches, flèches, lames, silex, pendentifs…

11 - Et à quoi ça servait, toutes ces pierres ?
Ben on n’en sait rien , on suppose qu’elles avaient un but religieux. Les menhirs ou les alignements sont orientés par rapport au soleil, on a pensé à des calendriers solaires, des repères temporels pour le travail des champs… Les dolmens ou les cairns étaient des tombes… Vous avez des idées…

Vous voulez en savoir plus : les mégalithes : pierres de mémoire, JP Mohen, Gallimard Jeunesse.

Lisez cet article en anglais : Menhirs, dolmens, cromlechs megaliths here is the quizz you're looking for

La Vallée des Saints : 1000 Statues à Carnoët (Bretagne)

L'idée est pharaonique... par la taille : orner une vallée bretonne de statues monumentales (plus de 3 mètres de haut) ....et par le nombre : 1000 saints en granit.... Quel boulot ! Car, en plus, pour la plupart, elles n'existent pas encore, ces statues... On compte sur les sculpteurs, tous les ans, pour les tailler dans la pierre.



L'association, à l'origine du projet, veut créer une île de Pâques bretonne du 3è millénaire... Un lieu de mémoire de 1500 ans de culture populaire bretonne... Pour sauvegarder l'identité de la région.

Les statues des Saints, à l'origine de la christianisation de la Bretagne, sont les premiers sur la liste...
C'est à Saint Pol de Léon, pendant l'été 2009, que les artistes ont commencé, avec leurs burins, à sculpter la pierre... devant les badauds... et Saint Pol est né. 6 autres saints ont suivi : Pattern, Malo, Brieuc, Corentin, Tugdual et Samson. Chacun des mains d'un artiste différent...
Le lieu d'hébergement pour ces oeuvres d'art a fait l'objet d'une compétition : 9 communes souhaitaient recevoir le projet. C'est Carnoët, dans le Centre Bretagne, (à quelques kilomètres de Carhaix), qui a remporté la mise.



Après l'été, les statues ont regagné leur demeure définitive, sur le site élu du Tossen Sant Gweltaz.... La vallée a commencé à être habitée.
Le projet continue... Il reste encore quelques (!) dizaines de statues à tailler pour "alimenter" la vallée. Le mécénat (chaque statue-menhir est financée par une entreprise) doit permettre aux sculpteurs, chaque année de réaliser leurs oeuvres en granit. De mai à septembre, chaque mois, 8 artistes devront tailler un saint avec ses attributs (une quarantaine par an devrait voir le jour).

L'association espère attirer des milliers de visiteurs et être un site carrefour de cultures (galloises, irlandaises, cornouaillaises, bretonnes... ). Car, à côté de ce chantier gigantesque, va être crée un centre d'information et de documentation sur le Haut Moyen Age (c'est l'époque où arrivent les saints en Bretagne), la reconstitution d'un monastère celtique et une scène pour recevoir des spectacles théâtraux, musicaux... et des reconstitutions historiques... Gageons que les hôtels, gites et autres campings sont prévus pour accueillir nos curieux...

L'idée est sûrement très bonne... (un concours de sculpture) et surtout très ambitieuse, c'est certain. Un pôle artistique pour attirer les promeneurs du monde entier avec un site unique dans le monde... en Centre Bretagne.... (d'après les chiffres du Comité Régional du Tourisme de Bretagne, les visiteurs viennent en très grande majorité dans la région pour profiter du littoral, des côtes et de la mer...). Pour détourner le flux des aoutiens vers l'Argoat breton, il faut au moins un projet pharaonique... Le festival des vieilles charrues est un bon exemple de réussite...

Je suis allée les voir... cet hiver, ces mégalithes sculptés. C'est un peu un parcours du combattant. Rien n'indiquait encore la précieuse vallée. J'étais un peu perdue dans le bourg de Carnoët quand on m'a donné les précieuses indications. C'est dans la campagne, il faut se garer devant une belle église (Saint Gildas) avec un beau calvaire et après quelques mètres, on arrive sur le lieu qui accueille les statues.

Calvaire de Saint Gildas à Carnoet


Elles vous regardent, du haut de leurs trois mètres, au sommet de la colline en scrutant le lointain.

Vallée des saints


Mais, pour l'instant, les Saints semblent plantés là... et attendre les copains ! Sait-on... ce parc d'attraction celtique fera peut être concurrence au Disneyland parisien !!! Affaire à suivre...

Lire cet article en anglais : A small Easter island in Brittany (France)

Prénoms bretons courts : Malo et Brieuc

Vous aimez les prénoms courts... c'est vrai, c'est pratique... Ils peuvent s'inscrire sur la gourmette du petit ou facilement être gravé sur un médaillon au bout d'une chaine en or... Non, vous n'êtes pas bijou... Par contre, les lettres majuscules en bois qui décorent la porte de la chambre de vos enfants... Ca vous tente...
Revenons à nos prénoms de quelques lettres... Ce sont peut être les plus connus des prénoms bretons... Ils ont leurs deux statues à Carnoët qui parlent de leurs histoires : Malo avec son bateau et Brieuc avec son loup !

Je vous rappelle leurs légendes... que vous avez peut être un peu oubliées...

Malo est né au Pays de Galles, comme tous les autres saints fondateurs, d'ailleurs (sauf Corentin). Fêté le 15 novembre, il a été le premier évêque d'Aleth, (la presqu'île de la commune de Saint Malo). Où les âmes, à l'époque, avaient bien besoin d'être rappelées à l'ordre et purifiées... dit la légende.
Il est représenté avec un bateau par Patrice Le Guen dans la Valléée des Saints car on dit qu'il aurait mis 7 ans à traverser la Manche avant d'accoster sur Cézembre (l'île qui est en face de Saint Malo).. On l'appelle aussi Saint Maclou (mais personne n'a envie de s'appeler comme la moquette ! Et je n'ai pas trouvé si le nom de ce vendeur de revêtement de sols est lié de près ou de loin à notre évêque malouin !).

Photo de la statue de Malo


Brieuc, moine, est devenu le premier évêque de Saint Brieuc et le fondateur du diocèse. Né en 409, Outre Manche (dans ce qu'on appelle maintenant le Pays de Galles), il y passe sa vie en convertissant ses semblables quand, vieillard, un ange lui demande d'aller évangéliser l'Armorique. Il part avec 168 disciples et fonde un monastère à Tréguier que son neveu Tugdual va administrer...
Comme la peste sévit dans son pays d'origine, il repart, calme l'épidémie et revient avec de nouveaux moines. Il a toute sa vie tenté de convertir les pécheurs (qui sont symbolisés par des loups qui veulent le dévorer mais qu'il arrive à dompter). Brieuc est représenté à Carnoët avec cet animal à ses pieds...

Photographie de la statue de Saint Brieuc


Plus tard, Brieuc reçoit des terres d'un parent comte et y fonde la ville de Saint Brieuc.
La légende continue après sa mort : comme de nombreux miracles se produiront sur son tombeau, il deviendra ainsi un des 7 saints fondateurs. Mort en 502, il est fêté le 2 mai. Brieuc en breton se dit Brieg, il existe d'autres variantes comme Briec ou Brioc.

Qui sont ces Saints fondateurs d'Outre Manche ?

A l'origine, vers le IVè siècle, le christianisme s'impose en Grande Bretagne comme religion dominante. Le titre de saint est honorifique et réservé au clergé. Quand ces religieux viennent évangéliser l'Armorique, les grands bretons importent aussi leur façon de voir le monde... Ils encadrent les populations, leurs noms baptisent le lieu où ils prêchent. Et ils essaiment... dans la toponymie bretonne... C'est ainsi que d'après le dictionnaire du patrimoine breton, « on dénombre environ 800 saints bretons dont beaucoup ne sont connus que par les lann ou les plous auxquels ils ont associés leur nom ».

Lire cet article en anglais : French short names : Malo and Brieuc

Week-end de randonnées dans les montagnes de Bretagne : escapade dans le Trégor

Le Menez-Bré, vous connaissez ? C'est l'un de nos monts les plus élevés avec le Menez Hom.... Le premier appartient au Trégor (Côtes d'Armor), le second se situe bien plus à l'Ouest, dans le Finistère.

Et c'est du premier que je reviens ! Tentez donc l'ascension du Menez-Bré et vous verrez qu'il se mérite... 18%... rien que ça...

Le Ménez-Bré vu d'en bas


Menez-Bré (on prononce ou non le z selon le coin de Bretagne qu'on habite) est une magnifique colline de 302 mètres, sur laquelle est construite la chapelle Saint Hervé.

Il est entouré par trois communes Louargat, Pédernec et Tréglamus. On peut l'aborder de tous les côtés et redescendre par la face opposée puisqu'une fois en bas, une route en fait aussi le tour et permet de revenir à votre point de départ.

Tout en haut, la chapelle Saint Hervé domine le paysage et l'on peut, grâce à une table d'orientation, deviner les différents points du paysage... des Monts d'Arrée à la côte de granit rose..

C’est au Mené Bré que Conomor *aurait été jugé. C’est là également que Gwench’lan*, barde et prophète du Vème siècle, ennemi des chrétiens et ami des oiseaux aurait été enterré, après le combat qui l’opposa à saint Hervé.
(Conomor est un "barbe bleue" breton...
Gwench'lan est un barde qui refusant de se convertir au catholicisme, a eu les yeux crevés)

D'où la chapelle Saint Hervé sur le Mont menez-Bré (dont certains éléments datent du XVI, XVII et XVIIIIè siècle - elle a souvent été rebatie).
.. Elle a été un lieu de pèlerinage très fréquenté - mais elle est aujourd'hui, malheureusement fermée la plupart du temps.

Chapelle Saint Hervé


Laissez moi vous conter ... l'histoire de Saint Hervé.... et de sa chapelle.

C'est un des rares saints bretons à être né ici, en Bretagne au VIè siècle. Son père était un barde de Grande Bretagne et sa mère une bretonne. Aveugle de naissance, Dieu ne voulait pas qu'il voit les apparences trompeuses du monde, il devint ermite et se déplaçait, accompagné d'un loup. Confesseur, il est très populaire dans toute l'Armorique. Ce saint est aussi barde et exorciste

Un barde... Il est le patron des musiciens et des chanteurs bretons. C'est pour cela que les bardes bretons se réunissaient ici, une nuit entière pour prier...

Et exorciste... Les démons n'avaient qu'à bien se tenir... En effet, au XVIIIè siècle, des séances d'exorcisme avaient lieu ici sur la montagne sacrée (traduction de Menez-Bré en breton).
Un épisode connu rapporte qu'un abbé, Guillermic pour ne pas le nommer, grimpait pieds nus la colline en récitant à l'envers ses prières et en lançant du lin aux démons qui désiraient être payés.
Avant lui, de nombreux exorcistes venaient ici célébrer une messe à minuit pour faire fuir les mauvais esprits.

Saint Hervé est invoqué pour guérir des angoisses, des peurs ou encore pour les dépressions.

Ce saint patron a aussi fait jaillir une source près de la chapelle (300m à l'est) où l'on plongeait les enfants malades pour qu'ils guérissent. De nombreux fidèles souffrant demaladies des yeux ou du cuir chevelu y venaient aussi en pélerinage...

C'est enfin lui qui aurait composé un cantique breton très connu Le Paradis (Ar Baradoz). C'était un barde...

Saint Hervé est fété le 17 juin.



A côté de cette figure bretonne subsistent des interrogations autour du Ménez-Bré ...
On affirme que Gwench’lan a caché un trésor dans les entrailles du mont, après l’avoir fait transporté par un charretier dont il avait bandé les yeux. Peut-être le retrouverez vous ? …

Le Ménez-Bré est aussi, depuis le Moyen Age, renommé pour ses foires du cheval qui ont cessé dans les années 1960.

Mais il n'y a pas que le Menez-Bré à apprécier ici.

Randonnez à Louargat, le village qui est au pied du Mont.

D'abord parce que le village de maisons en pierre est plaisant. Et puis parce que vous y trouverez d'autres prétextes pour vous balader : le ou plutôt les menhirs de Pergat à quelques kilomètres du bourg, au bout d'un chemin. Le plus haut, de 7 à 10 mètres selon les sources, est un des plus hauts d'Europe. Et un autre plus modeste de deux mètres de haut. Si on met le dos contre le grand menhir (ne pas porter de nylon) en regardant le petit menhir, il y création autour de soi d’un champ de lignes de force. En conséquence, les cheveux ont tendance à se dresser sur la tête.
Le tumulus (pas facile à trouver..., je n'ai pas trouvé d'info le concernant) est dans la direction opposée.
Les nombreuses églises et chapelles (Saint Eloi, Notre Dame des neiges, Saint-Jean, Saint-Fiacre, Saint-Paul, Saint-Sylvestre...) qui peuplent la commune.

Pourquoi ne pas y passer un week-end... Vous aurez le choix entre un hébergement dans un gite à quelques pas de la chapelle Saint Hervé, au pied du Ménez-Bré ou bien vous pourrez planter votre tente dans un camping original, le parc du Manoir du Cleuziou (XVe siècle - XVIIe). Vous pourrez même agrémenter vos plats ou salades par des herbes aromatiques à aller cueillir dans leur jardin... Sympa, non !



Lire cet article en anglais : Weekend hiking in the mountains of small Britain(Brittany France)

Croyance populaire : Tombe à la fille

C'est en voulant faire une balade en forêt, (du tourisme vert !) que je me suis rappelée de cette histoire...

Teillay est un petit village à une dizaine de kilomètres de Bain de Bretagne. Dans sa forêt, à la limite des départements de l'Ille et Vilaine (35) et de la Loire Atlantique (44), (à la frontière administrative de la Bretagne et des Pays de la Loire), une légende qui remonte à la Révolution Française laisse encore des traces...

En sortant du village, c'est la première route sur la droite dans la forêt. En vous enfonçant quelques centaines de mètres dans le chemin, vous verrez un petit sentier fleuri qui enjambe un ruisseau. Il conduit à une tombe.

Tombe à la fille de Teillay


La légende est rapportée en plusieurs versions mais globalement le fond est le même, seul le sordide varie...

Cette tombe, d'après la légende, est celle de Sainte Pataude (le surnom de pataud était donné aux Républicains par les Chouans)... et vous allez comprendre pourquoi quand vous saurez que c'est l'histoire de Marie Martin, une jeune femme de Tresbouef, qui est à l'origine de cette vénération...
Elle a 18, 19 ans et travaille chez un marchand. Là, les histoires divergent : les Chouans la recherchent ... soit parce qu'elle aurait dénoncé des Royalistes aux Bleus ou bien parce qu'ils veulent faire payer au maître de la jeune fille son attachement à la République. En tout cas, elle résiste...

L'histoire se passe en 1795, grande époque d'amour et de fraternité entre les Monarchistes et les Républicains... Comme elle ne répond pas, les soldats l'emmènent alors dans la forêt, lui font subir toutes sortes d'atrocités (je vous passe les détails, Amnesty International n'existait pas à l'époque mais ils auraient eu de quoi faire !) et finissent par la pendre par les cheveux...
Elle est enterrée au pied du chêne qui la supportait.

Photo de la tombe à la fille


Très vite des rumeurs évoquent que les malades qui s'y rendent en reviennent guéris...
Curieusement ce sont les prêtres réfractaires, qui tentent de faire cesser les croyances en menaçant d'excommunication les "pèlerins" qui s'y rendent... pour des guérisons miraculeuses. (Ce sont quand même les Chouans qui l'ont tuée : il y avait de quoi en faire une martyre rouge !). Mais malgré tout, comme il est écrit dans le rapport de l'époque, tous aristocrates comme patriotes, y vont.

La tombe aujourd'hui est toujours visitée. Elle est couverte de fleurs, des vêtements pendent sur un fil ou sur les arbres alentour, des chaussures jonchent le sol, des lettres témoignent de l'attachement à cette sainte.

Problème de marche


On continue à prier Pataude pour que les enfants marchent (les petits souliers d'enfants en témoignent), mais aussi pour bien d'autres maux ou en espoir de guérisons. Vu le nombre d' ex-voto sur le site, Sainte Pataude a et peut aider de nombreux désespérés. Ouest France explique dans la bouche du maire que les habitants du village continuent à entretenir la tombe, de peur qu'en ne la délaissant, ils ne leur arrivent malheur.

Hommage à Sainte Pataude


Lire cet article en anglais : Popular beliefs : tombe à la fille (tomb to the daughter)

Histoire d'un prénom celte : Corentin

Suivez le guide... le guide des prénoms bretons... et leurs statues dans la vallée des saints en Côtes d'Armor...

Ces évangélisateurs de l'Armorique ne sont pas nombreux pour l'instant à Carnoët mais ce sont les plus prestigieux... puisqu'ils sont tous des saints fondateurs de la Bretagne. La région a été évangélisée entre le Vè et le VIè siècle de notre ère et ce grâce à ces 7 saints qui sont à l'origine des diocèses bretons : Dol, Quimper, Saint Brieuc, Saint Malo, Saint Pol de Léon, Tréguier et Vannes. Ces sept villes étaient les étapes du Tro Breizh (tour de Bretagne en breton), un pèlerinage très important du Moyen Age que chaque Breton devait réaliser une fois dans sa vie.

Corentin est le prochain à se faire tailler le portrait, en breton Kaourantin. Fêté le jour de sa mort (comme de nombreux saints d'ailleurs) qui est un 12 décembre, il se décline au féminin, Corentine (c'est un prénom que j'aime bien,c'est le deuxième prénom de ma soeur...).

Corentin a une originalité remarquable puisque, parmi les 7 saints emblématiques, il est le seul à être né en Bretagne, en Cornouailles, pour être précis ... en 375. C'est donc un Armoricain (même si le mot Armorique est un nom breton !!! Et c'est comme cela qu'on appelle les habitants d'avant l'arrivée des Grands Bretons !!! Vous vous y retrouvez !!!). Tous les autres saints fondateurs viennent d'Outre Manche.
Très pieux, il multiplie les miracles près de son ermitage. Il est surtout connu car il possède un poisson qui fait des merveilles : dès qu'on en coupe une tranche, il repousse... Pas étonnant que les sculpteurs de la Vallée l'ait représenté avec un poisson...presque aussi grand que lui...

Photographie de Saint Corentin


La légende veut qu'un jour, le roi Gradlon, (celui de la légende de la cité d'Ys) parte à la chasse et se perde avec sa cour... Il arrive finalement à l'ermitage de Corentin qui nourrit tous les affamés grâce à son poisson miracle...
Plus tard, quand Gradlon désire fonder le diocèse de Quimper, il se souvient de l'ermite et lui demande d'en devenir le premier évêque. Il meurt en 401, à 26 ans. Corentin, le saint patron de Quimper, serait enterré dans la cathédrale.
Et Corentine c'est la variante féminine... et ses dérivés : Cora, Coralie ou Coralise.

Lire cet article en anglais : Celtic name and meaning in France : Corentin

Tourisme dans la forêt de Brocéliande : l'église de Tréhorenteuc

L'église de Tréhorenteuc n'est pas comme les autres. C'est grâce à l'abbé Gillard. L'autorité ecclésiastique avait décidé d'envoyer un jeune abbé un peu fantasque et contestataire – ses idées de tolérance n'étaient pas appréciées - dans la paroisse la plus "reculée" de ce diocèse morbihanais, afin que certainement la dure vie des campagnes le ramènent à des idées plus acceptables.
Il hérite d'une église en piteux état qu'il décide de rénover... à sa façon (1942-1953) et d'en faire ce qu'elle est aujourd'hui : une église originale où les croyances se croisent ... la légende arthurienne, le monde celte et le christianisme. L'abbé Gillard considérait que ces trois mondes devaient se rencontrer... Le mythe du Graal lui a permis de les rapprocher.

Les références aux chevaliers de la Table Ronde ne sont pas très étonnantes quand on sait que cette petite commune d'une centaine d'habitants est située tout prés de la forêt de Brocéliande, lieu associé à leurs épopées.

La table ronde


Le monde celte a laissé de nombreuses traces en Bretagne... (les druides, ça vous rappelle quelque chose... ils se rassemblent tous les ans dans la forêt)...
Quant au christianisme, il est partout (les croix de pierre jalonnent les chemins bretons).

Vitrail de l'église de Tréhorenteuc


Ce n'est peut être pas, non plus, un hasard .... si Henri Gillard a été chargé de la paroisse de Tréhorenteuc. En breton, Tréhorenteuc signifie... le pays de la charité... tout un programme en lien avec les idées de l'abbé, idées qu'il va mettre en images dans cet édifice.

L'abbé Gillard


L'entrée de l'église est pleine d'interrogations : la porte est en dedans (de soi, à nous de la découvrir...) est gravé sur le porche.

La porte est en dedans


L'intérieur est tout aussi truffé de symboles et d'interrogations. Aidé par deux prisonniers allemands, l'un menuisier fabrique la voute et les bancs, l'autre, peintre est à l'origine de certaines des illustrations de cette chapelle.

Vous pourrez voir la fée Morgane (qui habite tout près, dans le Val sans Retour) immortalisée dans l'église avec les chevaliers de la Table Ronde

Morgane et les chevaliers


ou la Cène (le dernier repas du Christ revisité) ...

La cène et les chevaliers de la Table Ronde


L'église, qu'on appelle aussi la chapelle du Graal, est dédiée à Sainte Onenne, la patronne de Tréhorenteuc. Vingt-deuxième enfant de Judicaël roi de la Domnonée, au VIIè siècle, (un des royaumes de l'Armorique), Onenne est née tout près d'ici, à Gaël. Elle ne veut pas d'une vie de princesse et s'engage comme servante dans une ferme. Elle est représentée sur les vitraux avec des oies. Très pieuse, elle n'a pas fait de miracles mais ses qualités (piété et bonté) l'ont élevé au rang de sainte. Une sainte bretonne...

Si vous voulez encore mieux comprendre l'édifice et tous ses secrets, rendez-vous à l'office de tourisme situé devant l'église, qui propose brochures et visites guidées pour appréhender cet univers original.
Cette petite excursion est l'occasion d'aller voir le manoir des Rues-Neuves (qu'on appelle aussi le château de Gerwan, prince breton du IXe siècle). Classé Monument Historique, le bâtiment est privé et ne se visite pas.

Manoir des rues neuves


Ou de faire du tourisme légendaire : découvrir la forêt avec le Val sans Retour (maris menteurs, amants sans scrupules, abstenez vous : la fée Morgane y emprisonne les hommes infidèles), de vous rendre devant l'Arbre d'Or, (l'arbre vestige des incendies de la forêt de Brocéliande), de vous balader dans les sites mégalithiques comme le Tombeau des druides ou le siège de Merlin..., de visiter l'abbaye de Paimpont, le chène à Guillotin ...



Lire cet article en anglais : Tourism in the French forest : visit the church of Trehorenteuc

Tour de Bretagne à pied, à cheval ou à vélo... idée de vacances sportives en Bretagne

Destination : vacances, loisirs et sport...

Le Tro Breizh (tour de Bretagne) est aujourd'hui une belle et longue randonnée que l'on peut organiser... Une belle balade de quelques centaines de kilomètres ... à faire à pied, à vélo ou à cheval ... d'une seule traite (et là quelques jours ne suffisent pas, il faut prévoir plusieurs semaines...) ou en plusieurs étapes (et en profiter pour visiter des coins sympathiques), en famille ou en groupe, en solo ou en couple... Les parcours sont prévus avec les arrêts qui vont bien... crêperie ou restaurant gastronomique, hôtel de charme ou gite, petit ou gros budget ...



Ce pèlerinage date du Moyen Age. Il s'agissait de prier les sept saints fondateurs de la Bretagne, à l'origine de l'évangélisation bretonne. La légende dit même que ces 7 Saints sont des frères septuplés (ils devaient être tués à la naissance par leur mère Domnonée... car elle avait dit que les jumeaux étaient les enfants du péché). Ces sept frères (Seizh Breur) seront protégés par Dieu et, pour leur sécurité, envoyés en Armorique. Là, ils se sépareront pour évangéliser la Bretagne. Et c'est cette légende qui est à l'origine du Tro Breizh... et des 7 évéchés historiques bretons : Corentin à Quimper, Patern à Vannes, Pol Aurélien à Saint-Pol-de-Léon, Samson à Dol-de-Bretagne, Tugdual à Tréguier, Brieuc et Malo dans leur ville respective. Les pélerins de l'époque effectuaient le pélerinage en un mois environ (plus de 600 kilomètres).

Tous les Chrétiens bretons devaient accomplir une fois dans leurs vies le Tro Breizh... au risque de devoir le faire une fois trépassés... et là, le parcours, même pour les bons catholiques, était bien long... La légende rappelle encore que le croyant qui ne l'avait pas réalisé vivant, devait faire son tour de Bretagne en avançant d'une longueur de cercueil par nuit... Alors pour faire les kilomètres requis, il fallait un certain temps avant de pouvoir goûter au repos...

Depuis 1994, une association "Les Chemins du Tro Breiz" a relancé le tour de Bretagne à pied. Elle conseille d'effectuer chaque année une semaine de marche. Et donc de le réaliser en 7 ans. C'est une variante bretonne des chemins de Compostelle !
Historiquement donc, et pour les puristes, le Tro Breizh relie les diocèses des saints fondateurs de Bretagne. Mais rien ne vous empêche de faire le votre (de Tro Breizh) et de prendre des libertés avec le Ciel !

Revenons à notre balade : Dol est une des étapes du tour. Saint Samson est le saint patron de la ville. C'est encore un des saints fondateurs bretons, qui a sa sculpture de granit à Carnoët, dans la vallée des Saints. Sculpté par Jacques Dumas et Pierre Marie Clavier, il fait partie des premières statues à être exposées sur le site. Il est représenté avec une sirène...
Pour la statue de saint Samson, nous nous sommes inspirés de la légende " Saint Samson au pays de Pleumeur " d'après l'étude réalisée par Daniel Giraudon (professeur des universités de breton à l'université de Bretagne occidentale, chercheur au CRBC (centre de recherche bretonne et celtique).
Pour la sirène c'est grâce à elle que Samson a pu voir le jour. La mère de St Samson a porté secours à une sirène, qui lui a donné un fils (elle était trop âgée pour en avoir un), par la suite elle lui a donnée vigueur et force.
explique Jacques Dumas.
Photo de Samson


Samson, comme presque tous les autres saints fondateurs n'est pas un Breton d'Armorique... Il est né au Pays de Galles et a émigré ...
C'est un maître en médiation entre les animaux et avec les hommes : il commande aux oiseaux qui détruisent les récoltes, il chasse le serpent qui occupe la grotte où il souhaite s'installer... Il intervient aussi chez les humains et règle les conflits politiques entre les Francs et les Bretons. Bref, Samson est l'ancêtre du médiateur, un "pro" de la gestion des conflits... Il est à l'origine du diocèse de Dol. Il meurt à Dol vers 565. Sa fête est le 28 juillet.

A l'autre bout de la Bretagne, à la fin de votre Tro Breizh, il y a Saint Pol Aurélien... qui scrute l'horizon à Carnoët.C'est David Puech qui en est l'artiste.

Statue de Pol Aurélien


Ce saint est à l'origine de bien des miracles de la région....C'est grâce à lui que l'île de Batz a été libérée du dragon qui terrorisait la région.... Lui aussi vient du Pays de Galles, arrive à Ouessant et finalement s'installe à Saint Pol de Léon, ville à laquelle il a laissé son nom.

Lire cet article en anglais : Sport and tourism in France : Tro Breizh in Brittany

Les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne aux Champs Libres à Rennes

Je sais que c’est un peu tard – les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne – ont lieu le 12 et le 13 décembre mais je ne peux pas ne pas parler de ces rencontres concernant la culture locale dans un blog sur la Bretagne, ses habitudes, ses clichés…

Qu’est ce que le PCI (patrimoine culturel immatériel) ?

L’ Unesco en 2003 par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a validé l’idée que le patrimoine, ce n’est pas uniquement du « matériel ». Mais soyons didactique et rappelons d'abord ce qu’est le patrimoine matériel.
L’UNESCO est à l’origine de la convention de 1972 pour la sauvegarde du patrimoine matériel (cela rassemble le patrimoine culturel cad les monuments, notamment les … sculpture[s] ou … peintures monumentales, éléments ou structures de caractères archéologiques, inscriptions, grottes […] qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science ; les ensembles : de constructions, …, les sites… qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.
Et le patrimoine naturelformations physiques et biologiques… qui ont une valeur universelle exceptionnelles du point de vue esthétique ou scientifique, … les formations géologiques et physiographiques … constituant l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle… Les sites naturels ou les zones naturelles. En bref, le patrimoine matériel, c'est tout ce qui est solide (construction de l'homme ou de la nature)... mais qui menace un jour de s'écrouler et qu'il faut sauvegarder pour nos descendants !!!

En 2003, l’UNESCO a rapproché le patrimoine de l’immatériel. Je m’explique à nouveau en citant la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel : les traditions et expressions orales, y compris la langue […], … les arts du spectacle, … les pratiques sociales, rituels, et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
En résumé, le PCI, ce sont les manifestations de la culture dite traditionnelle et ses savoir faire.
L’objectif de ces rencontres, je crois, est de faire connaître cette convention, de penser à son application concrète en Bretagne -la convention a été ratifiée en 2006 en France-. Et de s'interroger sur ce qu'on doit sauvegarder ?
Est ce du collectage de musique, de contes, de souvenirs liés à des événements marquants de la région ou des savoir faire pour le cidre, la fabrication des fagots, la galette saucisse...

Pour plus d’infos, je vous renvoie au programme ou à ses possibles applications.

La fête de Saint Yves, le saint patron des Bretons

Non, ce n’est pas Yves Saint Laurent et ses parfums qui sont fêtés le 19 mai mais un vrai saint Bernard, un saint religieux, juste et généreux. Saint Yves est, avec Sainte Anne, l’un des saints emblématiques de la Bretagne. Et pour cause, Saint Yves était un Saint. Et voilà qu’on veut le transformer en Saint Patrick et lui consacrer des manifestations culturelles…

Voyons voir…

Saint Yves est fêté le 19 mai dans notre calendrier mais le pardon de Tréguier toujours très célébré, a lieu le 3è dimanche de mai. Une procession menée par l’Archevêque de Rennes rassemble autour des reliques du saint des milliers de personnes.

Yves Héloury est né à Kermartin (Minihy-Tréguier - 1253) et y est mort 50 ans plus tard en 1303.
Issu de la petite noblesse bretonne, il part faire ses études de théologie à Paris et de droit à Orléans avant de revenir en Bretagne comme official (juge ecclésiastique).

Très vite il rompt avec son milieu d’origine et adopte un mode de vie refusant richesse et luxe. D’abord par ses vêtements (un drap écru sur le corps et de simples chaussures), son mode de vie (un repas par jour). Ensuite parce qu’il prêche en breton… langue des pauvres. Il rend aussi la justice équitablement en ne privilégiant pas le riche sur le miséreux.

Il soigne les malades de l’Hôtel Dieu de Tréguier, nourrit les indigents, donne ses vêtements aux nécessiteux et forme les prêtres à la théologie.

Il meurt le 19 mai (jour de la Saint Yves/Gouel Erwan) dans le manoir familial de Kermartin.

Très vite, l’évêque et le duc entreprennent des démarches auprès du Saint Siège pour le canoniser. Elles aboutissent 44 ans plus tard en 1347.

Depuis Saint Yves est vénéré comme patron breton, mais aussi comme patron des professions de justice et de droit, des avocats. Peut être même des notaires...

Il est représenté avec une bourse à la main (ses dons aux pauvres) et un parchemin dans l’autre (comme homme de loi).

Pour le programme des festivités, allez voir le site de la Saint Yves

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