Roscoff : porte vers l’Angleterre et l’Irlande


Il était une fois une voie express à Roscoff, qui menait à la 4 voies Paris-Brest. Mais par quel heureux hasard Rosko, comme disent les Bretons, posséde-t-il pareille route ?

1 – Cette 4 voies a-t-elle été construite parce que Roscoff est le port des ferrys vers l’Angleterre ou l’Irlande ?
2 – Ou parce que Johnny est à l’origine de cette amitié anglo-française !
3- Ou est-ce due à une certaine histoire d’amour entre une reine d’Ecosse et un roi français ?
4 – Ou plutôt à une histoire d’armateurs, de corsaires et de pirates !




1 – Cette 4 voies a-t- elle été construite parce que Roscoff est le port des ferrys vers l’Angleterre ou l’Irlande ?

Si vous êtes un habitué de Roscoff, vous l’avez prise cette voie rapide qui longe la baie de Morlaix. Par quel miracle, Roscoff (3 à 4 000 habitants) a –t-elle ce privilège ?
Certes, Roscoff, c’est le ferry vers Plymouth et Cork. Et pour les Anglais et les Irlandais, c’est le début des vacances… en France.

C’est un début de réponse mais pourquoi Roscoff plutôt qu’un autre port de la côte bretonne ?

Et bien pour des raisons économiques… qui s’explique par des raisons climatiques

Toute la région autour de Roscoff bénéficie de deux atouts majeurs :
- un climat très régulier avec une amplitude thermique faible (différence entre les températures les plus hautes et les plus basses) due au Gulf Stream (courant d’eau chaude qui passe devant Roscoff)
- l’excellence de ses terres (qui se vendent 12 000 à 16 000 fr l’hectare, en 1884 dans le guide Joanne).

Oui, et alors…
Alors cela crée les conditions uniques pour une agriculture exceptionnelle.
On récolte presque sans interruption même en hiver … Les produits agricoles de Roscoff sont expédiées à Paris, à Brest, dans les ports de Hollande et d’Angleterre et surtout sur les côtes anglaises de Cornouaille : en 1875, il a été expédié de 7 803 055 tonnes de pommes de terre, 2 millions de kg d’artichauts… la jetée du port est pleine de charrettes qui apportent les légumes pour les bateaux. (Guide Joanne de 1884)
Pas étonnant que cette partie du littoral soit appelée la Ceinture dorée. Les primeurs y poussent avec un bon temps d’avance sur le reste de la baie (3 semaines) et la douceur de la côte permet une succession de cultures rapides. Plus de 70 % des choux fleurs et artichauts français sont produits ici.

Si vous vous baladez sur les sentiers des douaniers du coin, vous verrez pousser la richesse agricole. Toutes les parcelles sont cultivées.

Et cette production, il faut bien l’écouler. Sans s’inquiéter des marées qui vident le vieux port et gênent le traffic commercial. Roscoff a besoin d’un port en eau profonde et de l’énergie d’un homme, Alexis Gourvennec qui crée avec les capitaux des agriculteurs (et l’aide de l’état qui veut désenclaver le Finistère) une ligne avec l’Angleterre pour écouler les légumes de la région (1972). Et les touristes … C'est comme ça que la Brittany Ferries a commencé les liaisons transmanche.


Ferry en partance de Roscoff



2 – Ou parce que Johnny est à l’origine de cette amitié anglo-française !

Cette liaison avec l’Outre Manche ne date pas d’hier, ni de Johnny.

Les oignons de Roscoff avaient déjà crée le passage. Oui, en 1828, un des premiers Johnnies part en Angleterre exporter ses oignons rosés. On appelait ainsi ses marchands car, à l’époque, ils emmenaient avec eux leurs jeunes enfants. Les Britanniques les surnommaient Johnnies (petit Jean car tous les Bretons s’appelaient Yann (Jean) à l’époque !!!). De la mi juillet, pour 5 à 9 mois, les vélos couverts de tresses d’oignons, ces hommes faisaient du porte à porte. Plus de 1200 Johnnies ont fait la traversée avant la 2e Guerre Mondiale.
Cette race d’oignon rosé a été rapportée du Portugal par un moine (mi XVIè) et s’est peu à peu imposé dans la région. En effet, pour les marins toujours en lutte contre le scorbut (maladie due à un manque de vitamines), l’oignon était pratique pour les navires ; il pouvait être emmené à bord et conservé retardant ainsi les effets de la maladie sur les équipages. Le commerce s’est arrêté après la guerre. Un petit musée à Roscoff retrace cet épisode roscovite.

3- Ou est-ce due à une certaine histoire d’amour entre une reine d’Ecosse et un roi français ?

Les liens avec l’Angleterre existaient bien avant cette histoire d’oignon… Marie Stuart, la reine d’Ecosse… La légende dit qu’elle aurait résidé ici.
La future femme de François II accosta à Roscoff en 1548 pour aller rejoindre la Cour de France, y poursuivre son éducation avant d’épouser 10 ans plus tard en 1558 le roi. Mais c’est une légende, car les maisons où elle aurait résidé n’existaient pas à l’époque!!! La chapelle Saint Ninien

Marie Stuart et la chapelle Saint Ninien


ou plutôt ce qu’il en reste (tout prêt de la tour de guet, vestige des anciens remparts de la ville) commémore l’épisode écossais.

4 – Ou plutôt à une histoire d’armateurs, de corsaires et de pirates !

Les relations avec l’ennemi héréditaire –je parle des Anglais- sont aujourd’hui, non seulement apaisées, mais fort nombreuses, il n’en a pas toujours été ainsi. Au Moyen Age et même après, Roscoff a été à maintes reprises attaqué et détruit par les Anglais. L'honneur est sauf car l’inverse est aussi vrai. Egalité alors…

Maison roscovite sur le port


C’est un « trou de flibustiers, vieux nid à corsaires » (Tristan Corbière poète breton du XIXè) et un port qui commerce avec les Flandres, l’Espagne ou le Portugal (lin, toiles, sel…) jusqu’à la Révolution où il devient un lieu de contrebande d’eau de vie, de thé et de genièvre avec les Anglais … Les Wines and Beer sont les dignes successeurs de cette époque !!!

Cette richesse des armateurs a laissé des traces : lucarnes et autres sculptures dans le granit décorent les maisons roscovites.

Dragon de l'île de Batz sculpté sur une des maisons roscovites


Une petite carte pour vous repérer...



Lisez cet article en anglais : Roscoff gateway to Britain and Ireland

Algues, thalasso, homards et exotisme à Roscoff

La légende autour de la voie express de Roscoff continue...

5 – Ce sont les pêcheurs, les casiers et les homards qui ont voulu une autoroute.
6 – La renommée de Roscoff viendrait des algues et des scoubidous !
7 – Que nenni ! C’est Notre Dame de Kroas Baz, un exemplaire de l’art religieux breton qui a fait la réputation roscovite !
8 – Pas du tout, c’est le jardin exotique qui est à l’origine de cette autoroute
9 – C’est Sainte Barbe qui a donné à Roscoff sa voie express !!!
10 - Vous dites n’importe quoi, c’est pour aller à l’île de Batz qu’on l'a faite cette voie express


Port de Roscoff


5 – Ce sont les pêcheurs, les casiers et les homards qui ont voulu une autoroute!

Les viviers à langouste existaient déjà au XIXè (le Guide Joanne de 1884 en parle). Aujourd’hui les viviers contiennent coquillages et crustacés grâce aux renouvellement d’eau à chaque marée.
Le port de pêche près de l’embarcadère pour Batz abrite des bateaux caseyeurs. Ces embarcations déposent les casiers en mer et les remontent… pleins de homards et de langoustes…

Bateaux et casiers, en arrière plan Sainte Barbe


6 – La renommée de Roscoff viendrait des algues et des scoubidous !

Les algues, c’est un des autres vies de Roscoff. Comme on l’a déjà dit, cette côte bénéficie d’un climat particulier grâce au Gulf Stream (ça va peut être changer avec le réchauffement climatique – le courant risque de se déplacer ou de disparaître mais c’est une autre histoire) et est le foyer unique de plusieurs centaines d’algues. Même les Japonais s’intéressent à nos plantes maritimes…

La région est consciente de cette richesse depuis fort longtemps… Elles ont et servent encore d’engrais pour l’agriculture locale …

Depuis la fin du XIXè siècle, on leur a trouvé d’autres utilités : grâce au Docteur Bagot, le premier centre de thalassothérapie (soins par la mer) en France est crée. L’institut RockRoum, qui existe toujours (site au bord de mer) se sert des algues pour soigner (notamment les rhumatismes, les maladies osseuses)… Louison Bobet y séjourna.

Un intérêt ne vient jamais seul : l’existence d’un centre d’études biologiques, qui date de 1872, on l’appelait alors le laboratoire de zoologie expérimentale et qui continue comme laboratoire international de recherche maritime (CNRS) prouve la spécificité de la zone.

Aujourd’hui, l’été, des bateaux armés d’un long bras vont cueillir les algues dans les profondeurs… et ce long bras, on l'appelle le …. scoubidou

7 – Que nenni ! C’est Notre Dame de Kroas Baz, un exemplaire de l’art religieux breton qui a fait la réputation roscovite !



Roscoff existait déjà à l’époque romaine. Au Moyen Age mais il dépendait de Saint Pol de Léon. Alors comme le hameau était riche, il souhaitait se libérer de la tutelle de son voisin, au moins pour les questions de vie ou de mort. Financée par les armateurs et marchands de la ville, qui voulaient baptiser, se marier et mourir sans avoir recours à Saint Pol, ils ont réussi à construire Notre Dame de Kroas Baz.

Cet ensemble architectural (XVI et XVII) avec son église gothique flamboyant, son enclos et ses ossuaires est doté de symboles maritimes des corsaires et des marchands : canons, caravelles sculptées en ex voto…

Caravelles et canons sur l'église


Des maisons du XVIè avec des sculptures et des gargouilles, vous en verrez dans d’autres parties de la ville.

Notre Dame de Kroas Baz (clocher de granit à balcons, tourelles et lanternons de 1550) a été restaurée et est toute colorée et décorée : voûte bleue lambrisée, poutres, frises… allez y faire un tour.



Dans l’enclos : deux chapelles-ossuaires. L’une transformée en chapelle Sainte Brigitte lieu de célébration des fiançailles et l’autre, qui n’avait pas de porte à l’origine, mais deux étages de baies où l’on jetait les os.

Ossuaire


Une plaque commémorative à Mme Silburne une anglaise qui aida les prêtres réfractaires (ceux qui ne voulaient pas abandonner la religion) pendant la Révolution.

8 – Pas du tout, c’est le jardin exotique qui est à l’origine de cette autoroute

Le jardin exotique de Roscoff possède des espèces subtropicales (c’est encore un coup du climat). Organisé autour du rocher de Roch Hievec, cette petite hauteur à 18 mètres offre un beau panorama sur la baie de Morlaix.
Du jardin vous pouvez faire une belle rando sur le sentier des douaniers vers Saint Pol (vous passerez devant l’ilôt sainte Anne et le Château de Kernevez, ca vaut le coup d’oeil).

9 – C’est Sainte Barbe qui a donné à Roscoff sa voie express !!!


La Chapelle Sainte Barbe date du XVIIè siècle. Construite pour se protéger des ennemis de l’église et des invasions de pirates, elle est rarement ouverte mais sert encore pour le pardon. Situé sur un tertre rocheux, elle domine l’entrée de la baie et ses murs blancs servent d'amer (repères pour les bateaux).

10 - Vous dites n’importe quoi, c’est pour aller à l’île de Batz qu’on l'a faite cette voie express

Le port en eau profonde accueille les car ferries de Plymouth et de Cork . Dans le centre ville, vous verrez l’autre port plus modeste et dépendant des marées. C’est d’ici que part la navette pour l’île de Batz. L’estacade (500 m de long) permet à marée basse d’attraper le bateau. Et il y en a beaucoup…

Estacade pour le bateau pour Batz


Lisez cet article en anglais : Seaweed, thalasso, lobsters and exotism at Roscoff France

Les 11 dolmens de Barnenez : un tumulus du Finistère (Bretagne)

Besoin d'une visite guidée à Barnenez ? Faisons le point ensemble :

- Barnenez est une construction qui date du néolithique ?
- Obélix s'en est servi comme carrière de pierres ?
- Il y avait plusieurs cairns sur le site actuel ?
- Le tumulus fait plus de 100 mètres de long ?
- C'est l'ancêtre de la voute en pierre ?
- Barnenez est la tombe d'une femme préhistorique ?
Vous voulez les réponses ?

Le cairn de Barnenez est sur un des bouts du monde de la Bretagne, une presqu’île du Finistère, à Plouezoc'h… Ce Parthénon de la préhistoire (comme l'a appelé Malraux) revient de loin, de très loin même… puisqu’il a failli être arasé en 1954. On n'en admire plus qu'un unique exemplaire aujourd'hui parce que cette énorme construction néolithique de plus de 72 mètres de long n’était pas seule, mais accompagné d’un autre monument.

Qui a disparu. Il a servi de carrière de pierres et celui que l'on peut encore voir aujourd’hui, devait subir le même sort quand, in extremis, les représentants de la culture de l’époque (le ministère de la culture n’existe pas) l’ont protégé et sauvé du démantèlement.

Cairn de profil


Pourtant la butte est signalée dès le XVIIIè siècle sur les cartes et bientôt sur les guides mais on ne devine pas encore l’importance du site

En 1807 le tumulus est cité dans le cadastre napoléonien, puis en 1850 lors d'une réunion scientifique par le maire de la commune de Plouezoc'h. Ces signalements ne suffiront pas à protéger le monument, qui sera la proie d'un entrepreneur au cours du XXe siècle. Se servant d'un premier cairn comme de carrière de pierre, il sera stoppé de justesse en 1955 par les autorités au moment de se servir du second. À ce moment, et en urgence, le cairn restant sera classé à la demande de Pierre-Roland Giot (Directeur des antiquités historiques de Bretagne). Ce sera aussi le déclenchement des premières fouilles sur le site.


En arrivant le site, on découvre l'importance du tumulus (structure qui recouvre une tombe).

Le grand cairn (amoncellement de pierres) est constitué de deux parties d’époques différentes et abrite 11 chambres funéraires (dolmens à couloir) donnant toutes sur le côté sud est.



Construit entre 5000 et 4000 ans avant JC, avec quelques siècles de différences entre l’édification du premier et du second cairn, il a été fréquenté pendant plusieurs dizaines de siècles, même après le Néolithique : certains objets retrouvés dateraient du Moyen Age.

Le premier cairn (le plus vieux et le plus proche de l’entrée) est constitué des pierres affleurant autour du site : 2000 mètres cubes soit quelque 4000 tonnes de matériaux. .. On a pu estimer que les rassembler à la main nécessiterait 10 000 à 12 000 journées de travail (… une dizaine d’ouvriers durant 3 ou 4 ans). Subvenir à la nourriture d’une telle équipe –ou de son équivalent à temps partiel travaillant, par exemple, en morte saison agricole – devait malgré tout rester à la portée d’un groupe de quelques centaines de personnes… (*)

Tumulus de Barnenez


L’ensemble du cairn est constitué d’un amoncellement de pierres sèches (pierres qui sont empilées les unes sur les autres sans mortier) jusqu’à une hauteur de plus de 8 mètres

Le second cairn (qui est collé au premier, mais il faut être un spécialiste pour trouver le début ou la fin du premier ou du second !) est encore plus monumental : deux fois plus important en volume (*). Et les pierres utilisées ont été transportées de sites alentour (1 km de distance). On estime le travail nécessaire 4 à 5 fois supérieur (*).

A ces pierres sont associées, pour certains éléments de la structure, des dalles de plusieurs dizaines de tonnes qu’il fallait transporter aussi jusqu’en haut de la colline…

C’est sur ce deuxième cairn que l’on peut découvrir les chambres funéraires du monument. Au bout du tumulus, un trou (le début de la fameuse carrière) permet de découvrir les constructions de l’intérieur. Quel outil pédagogique! Surtout que chacune des chambres "ouvertes" a sa spécificité :

L’une d’elles est une salle mégalithique (*) (en pierres) : des dalles de pierres de plusieurs tonnes constituent les murs et le toit.



Une autre est une chambre avec, en coupe, une fausse coupole :

Fausse coupole


c'est une voute constituée d’un empilement de pierres où chacune d’entre elles est décalée jusqu’à la fermeture de la voute, le tout maintenu et caché par la structure.

Une autre mélange les deux architectures : dalles de pierres et coupole.

Dalles de pierre de Barnenez


Peu de dalles sont utilisées : peut être parce que les dalles étaient difficiles à transporter… ou encore qu’elles étaient rares ou encore parce qu’avec l’expérience, les bâtisseurs du néolithique s’étaient rendu compte qu’elles se brisaient sous le poids du tumulus. Certaines dalles de plusieurs tonnes sont "fendues" dans le cairn. Cette salle était fermée mais il y avait un " hublot" qui permettait peut être d’apporter des offrandes dans la chambre.

Toutes ces chambres étaient des tombes, individuelles (hommes ou femmes importants nous a expliqué le guide) ou collectives, auxquelles on accédait par un couloir... (un passage symbolique entre deux mondes…).

Couloir d'une des chambres


Cette incroyable structure en pierre, ce mausolée néolithique (*), est construit dans une presqu’île, sur une hauteur naturelle…

Le paysage à l'époque était différent et même si le niveau de la mer à l’époque était plus bas, le lieu n’a pas été choisi au hasard.

Vue sur la baie de Plouezoc'h


Les architectes préhistoriques cherchaient sûrement à admirer la mer... ou à être vu de loin... et à dominer leur espace.

Baie de Morlaix


Il reste encore bien des choses à découvrir … Allez y pendant les vacances, passez un petit week end dans le Finistère et surtout profitez des 3 visites guidées par jour pour tout apprendre sur ce lieu insolite, sur les recherches de l'archéologie en Bretagne . Et sur l'architecture de la préhistoire...





Sources : * Le grand cairn de Barnenez, Mausolée néolithique de Charles Tanguy Le Roux et Yannick Lecerf

Lire cet article en anglais : Neolithic tourism in Brittany (France) : 11 passage graves in the cairn of Barnenez

Le tombeau de Saint Lénard (Léonard) à Andouillé Neuville (RN 175) sur la route de Rennes au Mont Saint Michel

En Bretagne, les Saints ont une importance particulière. De nombreux saints sont « bretons », je m'explique : ils sont connus dans la région parce que ce sont des personnes qui sont soit originaires de Bretagne, ou qui ont fait quelque chose de remarquable en Bretagne et sont vénérés comme tels par la population.

Par contre, leur réputation ne dépasse pas forcément la Bretagne et souvent l’église ne les reconnaît pas.

Saint Lénard ou Léonard du pays d’Aubigné est l’un d’eux. Son tombeau est situé sur la commune d’Andouillé Neuville, en bord de route (sur l’ancienne route menant de Rennes au Mont Saint Michel RN 175) et est encore très fréquenté.

Allée d'arbres menant au tombeau de Saint Lénard


L'ensemble votif (qui commémore l'accomplissement d'un voeu) du tombeau de saint Lénard est constitué par une allée plantée d'arbres menant à une croix de granite placée au-dessus de deux marches. Celle-ci porte l'inscription : "CROIX / DE / St LEONARD / AVRIL 1867". Le site est orné de multiples ex-voto (un ex-voto est un objet déposé dans un lieu saint portant une formule de reconnaissance en remerciement d'un voeu ou d'une grâce obtenue). (site de l’inventaire général du patrimoine culturel)

Arbre à d'ex-voto


La légende rappelée dans l’allée menant au tombeau l'a fait dater d’au moins de 1580 puisqu’alors une chapelle dans le bois de Borne (commune de Gahard) lui était dédiée. Elle n’existe plus aujourd’hui mais le tombeau du Saint, aujourd’hui en bord de route, est toujours visité.


la légende du saint


Le site du pays d’Aubigné rappelle la légende plus précisément mais la situe au XIXè siècle : avant la construction du tombeau.

Au milieu du siècle dernier, vivait dans une petite maison entre Sens et St Aubin, un homme qui s'appelait Léonard.C'était un mauvais garçon qui ne se plaisait qu'à imaginer de méchants tours qu'il faisait endurer à ses voisins.
Il se plaisait surtout à faire jurer les charretiers qui, à cette époque, y étaient encore plus disposés qu'aujourd'hui; les plus belles voies de ces temps reculés ressemblaient assez à nos chemins de traverse, et le moindre charroi exigeait un grand nombre de chevaux. Léonard mettait de grosses pierres sur les routes pour faire buter les attelages, et il creusait de profondes ornières dont on ne retirait les charrettes qu'au prix des plus grands efforts.


Tombeau de Saint Léonard


Quand les charretiers juraient en fouettant leurs chevaux, et qu'ils mouillaient leur chemise en s'efforçant de relever les voitures versées ou de faire avancer celles qui étaient embourbées, ils entendaient rire dans le champ voisin : c'était Léonard qui s'était caché derrière les arbres pour voir la déconvenue de ses victimes et jouir du succès de ses méchantes ruses.
Aussi, il était craint et haï de tous; sa méchanceté était devenue proverbiale, et les routiers qui parcouraient la Bretagne avaient coutume de frapper leurs chevaux rétifs en leur adressant le nom de Léonard comme une suprême injure.
Un jour qu'il se promenait dans le bois de Borne, il prit une pomme dans un pommier sauvage, et bien qu'il eut soif, il la trouva si amère qu'il la rejeta loin de lui; puis il en cueillit une autre qu'il plaça entre les branches d'un chêne pour voir si elle deviendrait meilleure en mûrissant.
Quelque temps après, il repassa auprès du chêne et goûta la pomme qu'il trouva juteuse et agréable.
- Ah ! mon Dieu, dit-il, tout s'amende dans la nature, il n'y a que moi qui ne deviens pas meilleur...Désormais, je ne veux plus faire que du bien.
Comme il prenait cette résolution, il aperçut des charretiers dont le chariot était embourbé, et il alla de leur côté pour les aider. Mais, un des charretiers qui avait eu à souffrir des malices de Léonard et ignorait sa conversion, crut qu'il venait encore pour jouer quelque mauvais tour et il dit :
- Ah ! voici ce méchant Léonard, mais il va payer aujourd'hui tout le mal qu'il m'a fait !
Et, saisissant un gros morceau de bois qui était dans sa charrette, il frappa Léonard à la tête et le tua raide.


details-de-dons-a-st-lenard.jpg


Ensuite, il l'enterra sur la lande où il était tombé et mit sur la fosse une grosse pierre.

Cependant, au bout de quelques temps, le bruit se répandit que Léonard était mort en odeur de sainteté et qu'il faisait des miracles.
Ce fut le peuple qui, sans aucune assistance de Rome, se chargea de la canonisation de Saint Léonard et son tombeau devint un lieu de pèlerinage où l'on venait implorer la guérison des malades.

Toutefois, il y a des gens qui sont sceptiques à l'endroit de la béatification de Léonard, et l'on raconte qu'un cantonnier, passant devant le champ où Léonard avait été inhumé, prononça ces paroles peu respectueuses :
Saint Léonard,Si tu as du pouvoir, Fais-le voir, Fais-moi tortillard !
Dès la nuit suivante, il fut pris de douleurs rhumatismales et devint boiteux. Il fit alors le voeu; s'il obtenait sa guérison, de bâtir un tombeau au saint dont il avait mis la puissance en doute; et son rhumatisme ayant cessé peu après, il accomplit sa promesse.
Ce fait, connu dans le pays, contribua à affermir la réputation de Saint Léonard, et, bien que l'église ne l'eût pas béatifié, il allait plus de monde à son tombeau qu'à la chapelle de Saint Pair, à la Bouexière, et qu'à tous les endroits miraculants des environs.

Tous les ans, malgré l'opposition des prêtres qui défendent d'aller en pèlerinage à la tombe de ce saint non estampillé, une assemblée a lieu le vendredi saint sur la lande près de laquelle Léonard est enterré.


Le tombeau actuel a été construit en 1867 si l’on en croit la date gravée sur la croix du tombeau. Le site du pays d’Aubigné précise qu’il existait un pèlerinage jusque dans les années 70 le Vendredi Saint. Les dons récoltés servaient à acheter du pain pour les pauvres. Aujourd’hui le site est encore très fréquenté. De nombreux ex-voto liés aux maladies semblent faire de Saint Léonard un Saint guérisseur.

Un nounours comme offrande


Saint Léonard est un saint connu en Bretagne et il est le patron de la ville de Fougères.




Lisez cet article en anglais : The grave of Saint Lénard

Thalasso et gastronomie en Bretagne : Domaine de la Rochevilaine à Billiers (Morbihan)

J’ai un pool de collaborateurs qui bat la campagne bretonne pour me fait part de ses découvertes ! C’est à Billiers qu’ils se sont arrêtés cette fois-ci pour essayer la thalassothérapie de Rochevilaine (au sud de Vannes, près de Muzillac).

Les thalassothérapies en Bretagne existent depuis la fin du XIXè siècle, c’est à Roscoff (côte nord de la Bretagne) que ça a commencé et depuis il y en a partout. Avec chacune sa spécialité : anti âge, minceur, relaxation, diététique…

Celle de Rochevilaine (Spa Vannes - Domaine de Rochevilaine,Pointe de Pen Lan, 56190 – Billiers 02 97 41 61 61) propose dans un cadre très agréable, associé aux soins, un programme gastronomique.

Situé sur une petite presqu’île, le Domaine de Rochevilaine est un Relais & Châteaux. Pour rentrer dans le domaine, il faut passer sous un porche du XIIIè siècle, et l’on pénètre dans le jardin. Sculptures du Moyen Age et tableaux de peintres contemporains se côtoient dans le domaine.

Relais&château de Rochevilaine


Rochevilaine

Vous êtes sur une petite pointe bordée par la mer, un environnement vraiment marin !!! Ca tombe bien pour une thalasso, non.

Les soins sont dispensés dans le centre et il y a deux piscines, chauffées évidemment et d’eau de mer. L’une d’entre elles est en extérieur à même les rochers, vous respirez les embruns en vous baignant ! Sympa, non.
Il y a bien sûr toutes les facilités de la thalasso : spa, sauna, hammam, salle de fitness

La gastronomie maintenant dans le restaurant de la mer. Les grandes baies vitrées au dessus de la roche vous donnent l’impression de manger sur la mer, et le menu c’est les plaisirs de l'équilibre… et c’est, paraît-il, rudement bon (je cite une de mes collaboratrices), on y retourne quand tu veux, a-t-elle ajouté. Les produits de la mer sont majoritaires : bar, huîtres, homard sont associés aux produits de la région. Pas de surprise pour les prix, ce sont ceux d’un gastro.

vue du restaurant de la Rochevilaine à Billiers


Entre deux soins ou deux menus, vous vous baladez dans Billiers. La commune promeut son patrimoine, il y a pleins de choses à découvrir : sur les chemins côtiers, vous croiserez le dolmen du crapaud, le port et le phare automatisé de Pen Lan,

Phare de Pen Lan à Billiers


l'église Saint Maixent de Billiers qui est un amer (les amers, ce sont les repères peints en blanc -mur, pierre..- pour que les bateaux les voient du large). Il faut aller voir l’abbaye de Prières avec sa pierre à soles qui servait de gabarit pour les soles ramenées par les pécheurs…

Bref, vous pouvez sur ce site en faisant votre thalasso allier bonnes bouffes et balade digestive culturelle, après un soin du corps et un moment de détente près de la piscine… Pas mal pour un petit week end.




Lisez cet article en anglais : Thalassotherapy and gastronomy in France : domaine de la Roche Vilaine at Billiers (Brittany, France)

Rennes Nord canal Saint Martin : jardins ouvriers de la rive droite


La rive droite du canal Saint Martin correspond à la zone d’épandage lorsque le canal déborde et c’est là la raison des prairies Saint Martin. Il y a aussi pour cette zone de nouvelles idées d’aménagement. La Ville de Rennes souhaite en faire une zone verte.

graf du canal d'ille et rance


La rive droite ? C’est de quel côté ? Ce sont les berges où se trouvent l’auberge de jeunesse, la maison des tisserands, le parc des tanneurs ou enfin le départ des bateaux électriques sans permis, urbavag pour naviguer sur le canal.

Un peu plus loin, à quelques centaines de mètres en allant vers Saint Malo (la mer est à 85 kms d'ici), en longeant les berges qui bordent le canal, vous avez une petite route qui vous mène aux jardins ouvriers. Vous pouvez aussi vous dépayser en passant devant la maison des tanneurs et traverser un petit bois avant d'arriver sur les routes en terre des jardins.

jardin du canal


Vous allez vous retrouver devant des petits jardins ouvriers et des potagers. Il y a encore peu de temps, chaque espace était unique et marqué par l’imagination et l’ingéniosité de son occupant.

cabane du canal st martin rennes


Certains étaient tellement clos qu’on ne pouvait deviner ce qui s’y passait à l’intérieur. D’autres témoignaient du bonheur de vivre



des jardiniers du dimanche qui cherchaient là de la verdure. Il y a pleins de photos des jardins sur cette adresse qui témoignent de cette période.

un autre jardin du canal un troisième


Mais petit à petit, la Ville de Rennes les a transformés en des jardins modèles avec petites maisons multicolores et délimitation de clôtures vertes. C’est bien, parce que certains endroits de la zone faisait peur à la nuit tombée mais en même temps, le côté uniforme des espaces ainsi crées a transformé la zone en un espace répétitif nettement moins poétique.


potager du canal d'Ille et Rance


C’est dommage. Laissons le temps à leurs occupants de réinvestir la zone et de lui redonner une certaine originalité…

jardin et immeubles de la rue d'antrain



Rennes Nord canal Saint Martin : la campagne à la ville

Vous connaissez le quartier ? C’est celui qui longe le canal d’Ille et Rance. Si vous prenez le canal, vous arrivez au bout de quelques dizaines de kilomètres à Saint Malo. Et à Rennes, c’est le début de la campagne…

canal Saint Martin au nord de Rennes


C’est un quartier que vous connaissez sûrement parce qu’il bouge bien : c’est là qu’a lieu en septembre la grande braderie Saint Martin, en juin, il y a aussi le feu de la Saint Jean au milieu du canal, ou encore pour les amateurs de course à pied : les foulées Saint Martin ( 7,5 kms). Cette année, il y a du nouveau, fin octobre (21 au 25) un nouveau programme de festivités : Festival O Canal.

Mais c’est pour autre chose que j’en parle aujourd’hui. Si vous êtes un habitué de la balade le long du canal, rive gauche, vous devez connaître la Maison de la Poésie, belle villa qui est propriété de la Ville et un peu plus loin sa petite sœur Rosafolies. C’est la jolie maison rose juste avant le début du canal piéton. Et bien la maison est murée…

Rosafolies veut vivre


Il y a une dizaine d’années, il y avait encore, à l’endroit où il y a un rond point maintenant, en face de l’auberge de jeunesse, un bar bien connu des amateurs de musique les Tontons Flingueurs, une crêperie « à l’ancienne » avec des bancs en bois et des crêpes maison et une excellente boulangerie qui cuisait son pain au feu de bois. Depuis, la modernité a transformé tout ça : un spa, une banque et un magasin de robes de mariées les ont remplacés.

Et les mutations continuent. Toujours sur cette rive, tout prêt du cimetière, toutes les petites maisons qui y sont encore, comptent leurs jours de survie. Petit à petit, mais depuis de nombreuses années déjà, la Ville de Rennes rachète les terrains et les maisons du quartier pour pouvoir complètement posséder la zone et la refaire. Les petites maisons avec leurs jardins joliment entretenus sont peu à peu préemptées, murées puis rasées.

maison muree du canal Saint Martin de Rennes Rosafolies muree


Ce sont souvent des retraités, qui ont habité là toute leur vie, qui, une fois placés en maison de retraite ou quand ils ont quitté notre terre, voient leur demeure disparaître pour laisser bientôt place à de futurs immeubles. Ces petites maisons datent d’avant la guerre ou de juste après. Ce sont souvent leurs occupants actuels qui les avaient construites. Elles témoignaient d'une autre époque quand le peuple ouvrier pouvait trouver là des terrains bons marché pour échapper à l'enfermement dans les grandes cités auxquelles les politiques urbaines les destinaient (en fond d'écran les tours de Maurepas).

les tours de Maurepas vues du canal st Martin à Rennes


Il y avait encore des vaches dans le Rennes des années 60 et les berges du canal abritaient des fermes. C’est pour cela qu’il y a encore des petits champs dans le coin.



L'accroissement urbain de la Ville de Rennes a resitué ce quartier au centre de la ville. Même avec une municipalité socialiste les manants restent des manants et n'ont rien à faire au coeur de la cité. C'est pour cela que la Ville prévoit des logemens standing (plus de 400) afin de réparer cette anomalie sociologique.
Le projet de détournement du quartier est déjà ancien. Il y a une quinzaine d’années, on voulait faire une voie rapide dans la zone. Le projet d’aujourd’hui, avec les besoins croissants de la ville de Rennes en nouveaux logements, est tout autre : réaménagement des berges et constructions de plusieurs centaines d’appartements.

Alors pour ceux qui se promènent souvent le long du canal, admirez encore Rosafolies, elle n’est plus là pour longtemps. Dans le quartier, seule la Maison de la Poésie, elle aussi propriété de la Ville échappe à la destruction massive…



Dommage à quelques encablures du centre ville, le canal offrait une autre ambiance. Bref, c’est un petit brin de fantaisie qu’on va définitivement perdre.

L'autre rive et ses jardins ouvriers, c'est dans le prochain billet...

Rosafolies veut vivre

Cimetières de guerre de la seconde guerre mondiale en Bretagne : War Cemetery de la Baule Escoublac

C’est en me baladant sur le front de mer de la Baule que j’ai vu le panneau en anglais war cemetery. On n’est pourtant pas ni en Normandie ni à Verdun, et rien dans le paysage ne rappelle la guerre. Mais que fait donc cette indication de cimetière de guerre dans ce littoral de loisirs et de détente ! J’ai suivi les panneaux et découvert un cimetière britannique de la seconde guerre mondiale…

cimetière britannique de la Baule Escoublac


Il est caché dans un lotissement tout près de l’aérodrome de La Baule. Mais il fait partie de la Baule Escoublac .

On est vraiment dans la Bretagne buissonnière car la Baule Escoublac, ce n’est plus la Bretagne, mais la Loire Atlantique. Certes, c’est un département de la Bretagne historique (autrement dit le duché de Bretagne).
C’est Pétain en 1941 qui a voulu redessiner les régions françaises pour créer des régions économiques faciles à ravitailler. Il a voulu rattacher ce département aux Pays de Loire. La Loire coule à Nantes mais Nantes a aussi été capitale de la Bretagne avec Rennes. Donc… pas facile. Bref la décision n’a vraiment pris effet qu’en 1955. Mais depuis ça jase…

Le cimetière est géré et entretenu par les Britanniques.

tombes de soldats alliés


Plus de 300 soldats y reposent. Un panneau vous rappelle les circonstances de la mort de tous ces hommes, qui sont tombés en 1940 et 1942. Une carte finit l’explication.
Les tombes, selon les armes ou les régions de ces combattants, sont différentes. En majorité, ce sont des soldats britanniques, il y a quelques marins « ordinaires », des Néo-zélandais, des Australiens, des Canadiens et des Polonais… Ils sont morts bien jeunes, en tout cas, pour la plupart.

Pour comprendre ce lieu de commémoration, il faut se souvenir qu’on est prêt de Saint Nazaire et de Nantes qui sont des villes portuaires stratégiques dans la lutte contre les Allemands.
Le 17 juin 1940, Le Lancastria, transatlantique britannique reconverti pour le transport des troupes fuyant l’avancée allemande est à Saint Nazaire pour ramener les hommes. Plusieurs milliers de soldats et de civils (britanniques, australiens,

tombes australiennes du war cemetery de la Baule Escoublac


canadiens, néo-zélandais,

tombe neo-zelandaise du cimetiere britannique de la Baule Escoublac



polonais et belges) embarquent, le paquebot est surchargé – même si ce chiffre semble incroyable, on parle de 6 à 9000 personnes à bord- et il sera coulé par la Luftwaffe provoquant de nombreux morts (4 à 7000). Winston Churchill, pour ne pas accentuer la déprime britannique, - le 17 juin 1940, c’est le jour de la reddition française – taira le naufrage.

En 1942, Saint Nazaire était une base de sous-marins allemands. Les Britanniques veulent détruire les équipements de ce port qui possède un bassin (le seul en Atlantique) où l’on peut réparer les cuirassés allemands. Les forces britanniques décident d’attaquer le port. Les commandos étaient formés de volontaires britanniques, mais aussi du Commonwealth (d’où les Néo-Zélandais, les Canadiens...) et de pays occupés par les nazis (Pologne). Le bassin a explosé et n’a pas été réparé pendant la guerre. L’opération Chariot a réussi.

détail d'une tombe de la Royal Air Force


Ce site rappelle les circonstances du naufrage et montre des photos de nombreuses tombes du cimetière.




Lisez cet article en anglais : Visit a war cemetery in la Baule Escoublac (France)