Découverte du patrimoine religieux des côtes d’Armor en Bretagne France


Balade à l’abbaye de Léhon dans une petite cité de caractère des Côtes d’Armor (Bretagne)

A Léhon, vous allez faire un saut dans le temps (en arrière le saut) et vous voilà devant un prieuré bénédictin avec l’abbaye Saint Magloire, le cloître, le réfectoire et le dortoir des moines.

Prieuré de Lehon


La première abbaye Saint Magloire daterait de 850. Nominoë , premier roi de Bretagne, aurait offert la terre et l‘argent aux moines pour qu’ils s’y installent. L’emplacement du prieuré n’est pas le fruit du hasard. Il se situe le long de la rance, près d'un passage de gué, qui date de l’époque romaine.

Comme souvent à l’époque, c’est en bois qu’est construit le premier édifice - il n’en reste rien …

Le bâtiment est dédié à Saint Magloire, saint breton d’Outre Manche de la fin du VIè siècle. Il a été évêque de Dol, l’un des neuf évêchés bretons et s’est retiré à Sark (Ile anglo-normande) pour mener une vie monastique, après la révélation d’un Ange.
Les reliques du saint sont ramenées pour fonder l’abbaye qui, cette fois, est construite en pierre. L’abbaye est détruite pendant les invasions normandes (Xè) et les moines fuient à Paris. Ce n’est qu’au XIè siècle que les religieux reviennent.

porche de Léhon


L’église actuelle est constituée de bâtis de différentes époques.
Voyons un peu : des pierres du XIè siècle, "récupérées de Corseul à quelques dizaines de kilomètres" (Petite parenthèse : on récupérait beaucoup à l'époque parce que cela coûtait cher de construire en pierres !). Et pourquoi à Corseul ? (j’ouvre une autre parenthèse : Corseul était un centre administratif et religieux très important sous les Romains et abritait entre 5000 et 8000 habitants… (3e parenthèse et c'est la dernière, l'importance des vestiges du temple de Mars -édifice religieux gallo-romain- en attestent encore aujourd’hui). Il y avait des pierres à foison dans cette cité qui a servi de carrière à la région.

Les fondations datent du XIIè et XIIIè -la façade romane de la fin du XIIè siècle-

façade romane de l'abbaye de Léhon


.

L’abbaye est un rectangle et on y ajoute au XIVè et XVè la chapelle Beaumanoir. Chaque siècle y ajoute sa marque. Bref, comme toute construction ancienne, c’est un beau mélange de morceaux d’histoire.

A l’intérieur, une chapelle sépulcrale abrite les tombeaux des seigneurs de Dinan, les Beaumanoir.

gisant de Beaumanoir


Les chapelles pouvaient appartenir à des familles illustres et recevoir leurs sépultures. Ce sont les fameux gisants qui, par une statue, représente la personne défunte.

tombeau des seigneurs de Dinan


Les gisants de la chapelle datent du XIV et XVè siècle.

Le bénitier orné de têtes sculptées date du XIIIè et XIVè. Il servait pour les fonts baptismaux : le bassin était plein d’eau bénite et on y plongeait les bébés pour les baptêmes.

fonts baptismaux de Léhon



Accolé à l’église, un portail du XVè siècle

portail de Léhon


mène au cloître à piliers carrés du XVIIè siècle.

cloître de Léhon


Ce déambulatoire servait de passage pour aller d’un bâtiment à un autre. La galerie de colonnes s’ouvre sur une cour jardin.

piliers carrés du cloître de Léhon


Au nord du cloître se trouve le réfectoire de Léhon, datant du XIIIè siècle. Il est le seul réfectoire médiéval bien conservé en Bretagne avec celui du monastère de Beauport à Paimpol. C’est un bel exemple de gothique flamboyant représenté par ses grandes ouvertures à vitraux qui donnent sur la Rance. Le bâtiment a été remanié au XVIIè et restauré entre 1987 et 1991.

réfectoire de Léhon et ses grandes baies gothiques


Les dortoirs datent aussi du XVIIè.

Mais la période faste touche à sa fin. Louis XV (XVIIIè siècle) demande aux moines de quitter l’abbaye. Peu après, pendant la Révolution Française, le monastère est vendu comme bien d’état. Des particuliers l’achètent en 1792 et y habitent pendant une trentaine d’années. L’abbaye deviendra tour à tour brasserie, manufacture de toiles, filature… et salle de classe pour jeunes filles.

prieuré de Léhon


L’édifice menaçait ruine au XIXè siècle et bientôt la mairie de Léhon souhaite restaurer le batiment pour en faire l’église du village. A la fin du XIXè, les travaux commencent. Le culte a été rétabli en 1897. Les bâtiments conventuels appartiennent aujourd’hui à la commune et sont inscrits comme Monument Historique.

Un musée permet de voir les chapiteaux du cloître du XIIè, une cellule de moine reconstituée et des expositions.

Comme pour la plupart des monastères, ce sont les Bénédictins qui géraient le prieuré. La vie monastique mêlait travail (agricole, manuel, copie de manuscrits…) et prière (étude et méditation des textes religieux). Le premier couvent bénédictin est établi par Benoît de Nursie en 529 en Italie. C’est par un livre de 73 chapitres que les règles de Saint Benoit vont être diffusées rapidement en Europe. L’ordre bénédictin est né et ensuite de nombreuses variantes et d’autres congrégations vont se succéder. En Bretagne, c’est Landevennec qui est le premier établissement bénédictin et qui essaime ensuite dans la région.

Chaque prieuré bénédictin est autonome. L’abbaye où les moines vivent en communauté – on en a ici une idée avec la taille du réféctoire ou des dortoirs -à l'étage-,

dortoir de Léhon


est dirigée par un abbé, élu à vie par les moines et assisté par un conseil de moines consulté pour les affaires importantes. L’abbé a une autorité absolue sur les moines, une grande liberté d’action au sein de son monastère mais doit respecter la règle.

Au XIIè siècle, le monastère de Léhon est prospère grâce à de nombreuses possessions dans les régions de Saint-Malo, Dol, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol, Avranches et jusqu´en Angleterre.
Ces moines ont le crâne rasé et portent le scapulaire (grand pan d’étoffe passé par la tête et descendant jusqu’aux pieds, avec, parfois, pour les hommes, un capuchon).

Comme le site est ouvert toute l’année, on peut faire la balade à n’importe quelle saison… Des panneaux explicatifs jalonnent les bâtiments .

plan du site de Léhon


Par contre, pour visiter les dortoirs, le réfectoire et le musée, consultez les horaires

Lisez cet article en anglais : Wandering through the priory of Léhon in a small historic town of Brittany (France)

Sources : Dictionnaire guide du Patrimoine, Monum, Editions du patrimoine, Encyclopédie universalis, http://patrimoine.region-bretagne.fr/main.xsp

Pourquoi ne pas lire aussi :


Festival Natur'Armor à Dinan (Côtes d'Armor, Bretagne)

Le programme du festival Natur'Armor 2010 est en ligne....

Si vous voulez avoir une idée de l'ambiance... Lisez la suite...

Ce week end, vous pouvez aller à ce nouveau festival à Dinan. Enfin, nouveau, façon de parler car il existe depuis 2004.
Natur'Armor est un festival pour les amoureux de la nature ou les inquiets pour la planète. Il propose des conférences, des soirées débat, des ateliers pour les enfants, des balades… Des acteurs pour la préservation de la biodiversité en Bretagne (associations , organismes ou collectivités) animeront cette fête de la nature.




Le vendredi soir, d’abord, avec le film "Nos enfants nous accuseront" qui est programmé avec une soirée débat.
Le samedi et le dimanche, vous pourrez tout apprendre sur les mammifères marins bretons , les algues ou les dunes des Côtes d’Armor. Les enfants pourront se frotter à la cuisine … pour oiseaux ou à la construction d’un refuge pour les insectes. (Oui, oui, les insectes ont aussi besoin d’être protégés). Les adultes, eux pourront s’instruire, (Oui le week end, on ne fait pas relâche), avec des conférences sur la faune et la flore des Côtes d’Armor (exemple de titre alléchant : animaux et plantes extraordinaires des Côtes d’Armor). Ou plus sérieux une conférence sur la biodiversité qui met l’accent sur la disparition des animaux communs (hannetons, moineaux…) de nos régions. Vous pourrez aussi découvrir, lors de balades organisées par le festival, les oiseaux de la Rance ou le monde la forêt…

Le festival a lieu à Dinan, à la salle omnisports et au cinéma Vers le large les 30, 31 janvier et 1er février. Tout est gratuit ou presque (2 € pour certains programmes).

On aurait tort de se priver…



Marchés de Noël en Bretagne : Côtes d'Armor, Finistère, Ille et Vilaine, Morbihan et Loire Atlantique

Noël en Bretagne ! Pourquoi pas... Le froid n'est pas trop féroce et on peut profiter des lieux sans bousculade... Quoique... Si vous vous rendez sur les marchés de Noël, il y a de l'animation, des odeurs, de la musique...

Même si ce n’est pas quelque chose de traditionnellement breton, les marchés de Noël se multiplient aujourd’hui partout en Bretagne… et pourtant à l’origine… ce n’est guère de chez nous.

C’est dans les pays germanophones (Allemagne actuelle, Autriche et en Alsace), au Moyen Age, au XIVè siècle que tout a commencé… en l'honneur de Saint Nicolas… l’équivalent de notre Père Noël.

Et c’est dans les années 90, que l’idée se propage et que ce marché devient commun en Europe. Et ailleurs... Des Allemands qui ont émigré au Nouveau Monde commencent à le diffuser en Amérique.

A l’origine ce marché célébrait l’enfant Christ et commençait juste quelques jours avant Noël. Aujourd’hui il dure de quelques jours à presque tout le mois de décembre, selon les capacités de chaque commune. Par contre, il cesse le jour de Noël et ce jusqu'au mois de décembre de l'année suivante. Ces marchés se situent sur une place ou occupent quelques rues piétonnières et rassemblent artisans, commerçants, gastronomie… et animations diverses.

Des stands en plein air proposent de tout… Cela permet de faire une pause dans les achats de Noël, de déguster le vin chaud qu'on trouve sur tous les marchés de Noël ou manger des choses bien riches qui vous réchauffent en ces temps froids… C'est aussi l'occasion d'acheter un énième cadeau, mais un cadeau plus original, du fait main par un artisan local ou plus lointain... ou encore découvrir des spécialités d'autres régions françaises. Et puis vous profiterez des animations de Noël proposées souvent pour les enfants. Ou du Père Noël qui s'est perdu dans le coin...

Dans notre région, la Bretagne, il y a de nombreux marchés de Noël : à Rennes par exemple, il y en a deux, un appelé marché de Noël sur la Place du Parlement où vous pouvez vous restaurer, vous réchauffer avec un bon vin à la cannelle et des spécialités alsaciennes, un autre qui ne s'appelle pas marché de Noël mais marché de la création -on aime jouer avec les mots chez nous- Place Hoche qui est un rassemblement d’artisans d’ici et d’ailleurs. Je ne sais pas quel nom donné au troisième au Colombier.

Chaque département et surtout chaque ville organise son marché… ses jours d'ouverture, ses animations. D'où la difficulté, si vous êtes exposant de vous y retrouver… surtout que l'information n'est pas vraiment centralisée.

Voici, malgré tout, quelques liens qui pourront vous aider : surtout que si le Comité Régional du Tourisme de Bretagne centralise bien l’info, leurs équivalents départementaux ne sont pas aussi efficaces.
Le site départemental des Côtes d’Armor ne propose rien, tentez celui-là.

Le comité départemental d’Ille et Vilaine, la Haute Bretagne distille (c’est bien le terme) frais et vieilles infos. A vous de vous y retrouver.

Dans le Finistère, ça marche. Le département est très actif au niveau touristique (il propose plein de visites originales, de lieux de productions ou d’entreprises, chose qui existe à peine dans les autres départements, alors que ces activités marchent très bien dans le 29).

Pour le Morbihan, c’est pas top pour le CDT 56 (Comité Départemental du Morbihan). Tentez aussi celui-là.

Reste la Loire Atlantique, qui est aussi à la traine.

Bon courage. Et bon marché de Noël.

Lisez cet article en anglais : Christmas markets in France (Brittany : cotes d'armor, finistèren, Ille et Vilaine and Morbihan)

Promenade dans les ruines du château de Léhon (Côtes d’Armor, Bretagne)

Si vous avez décidé de passer le week end à Dinan, poussez jusqu'à Léhon, vous ne le regretterez pas. D'abord pour une visite gratuite du patrimoine local et ensuite parce que vous pouvez aussi profiter d'une piscine en plein air (02.96.39.21.00), ouverte toute l'année dans un site merveilleux.

Depuis l’été 2006, le château féodal de Léhon vous accueille toute l’année le week-end de 10h à 19h, (même hors saison).

Situé sur un promontoire rocheux, il a été restauré, il y a quelques années, par les Monuments Historiques et permet de découvrir un beau panorama sur Dinan, la vallée de la Rance et la campagne environnante.

Vue sur le village de Léhon


Vue du château de Léhon



Les ruines, que l’on voit aujourd’hui, datent pour certaines du XIIIè siècle. Mais laissons parler ces vestiges…

Il y a quelques années encore, le château était caché par les ronces… La butte a été débroussaillée, un chemin a été aménagé, les ruines ont été consolidées. Des travaux de restauration ont été réalisés entre 2004 et 2006. Ils n’ont pas cherché à reconstituer un état antérieur inconnu mais à consolider les ruines afin d’éviter la dégradation totale des maçonneries par la végétation. Le site constitue une réserve archéologique pour l’avenir explique un des panneaux sur le site. A terme, les archéologues vont pouvoir y mettre leur nez, ou plutôt leurs pioches et leurs petits balais.

Revenons sur l’histoire du château-fort.

Plan du château


Comme on l’a déjà vu, l’installation à Léhon n’est pas du au hasard. Le gué sur la Rance, le monastère bénédictin et bientôt les seigneurs de Dinan installent un château et tout près une foire. Ce château situé sur une motte sert à défendre un espace, la vallée de la Rance et participe aux épisodes guerriers du Duché de Bretagne : conflits avec les Anglais, les Français ou au sein même de la succession bretonne.


château de Léhon


L’architecture de la forteresse a évolué au cours des siècles et s’est adaptée à l’évolution des techniques de guerre et à la transformation des armes.

Ce château passe donc d’un édifice en bois à une construction en pierres qui évolue encore avec l’arrivée des armes à feu et des canons. Il y aurait eu un château en bois autour de l’an Mil. L'évêché d’Aleth (Saint Malo) est divisé en plusieurs seigneuries et le vicomte de Dol hérite de celle de Léhon où il installe sa capitale. La forteresse est détruite à plusieurs reprises au XIè siècle lors de conflits entre rivaux du Duché de Bretagne. Et le site est rasé fin XIIè suite au traité de paix entre la France et l’Angleterre.
Le plan que l’on voit aujourd’hui date du XIIIe : une enceinte avec des tours qui épouse le promontoire rocheux. Les tours sont rondes ou en fer à cheval -l'ovale du fer à cheval permet de mieux défendre l'espace-.

Tour en fer à cheval du château de Léhon


Un donjon contrôle la partie la plus exposée aux machines de guerre.
L’architecture évolue avec la Guerre de succession du Duché de Bretagne (1341-1381). Le château est assiégé et lors des affrontements, des courtines (les murs qui relient les tours) sont détruites.
Les postes de tirs de l’époque sont des archères – on n’a pas encore prévu les armes à feu. Les meurtrières … sont des ouvertures qui s’évasent vers l’intérieur pour permettre à l’archer de viser l’ennemi sans s’exposer. La disposition en quinconce sur plusieurs étages permettait de surveiller la totalité des abords de chaque tour. D'autres éclaircissements sont à lire sur le site.

archère du chateau


Les armes à feu apparaissent au XVè siècle et l’architecture s’adapte aux coups de canon destructifs. Le château consolide et remonte ses murs (la base est solidifiée pour mieux résister aux canons), les meurtrières sont agrandies pour pouvoir de l’intérieur répondre en utilisant les nouvelles armes, les canons.

tours et enceintes de Léhon


Mais il ne servira plus beaucoup parce que … le duché est en paix, il fait partie de la France et on ne se bat plus contre les Anglais dans l’intérieur de la Bretagne. Les sites sont fortifiés, par contre, sur les côtes et sur les frontières du royaume de France.

La forteresse tombe en ruine dès la fin du XVè siècle et elle servira bientôt de carrière de pierres aux moines pour agrandir l’abbaye de Léhon au XVIIè siècle.

A l'intérieur, une chapelle est dédiée à Saint Joseph.

Panneau explicatif du site de Léhon


Chapelle Saint Joseph


Des panneaux expliquent l’histoire du château et des fortifications.

Nominoë rencontre les moines de Léhon

Explications sur le site du château


Finissez la balade en errant dans Léhon, ce sympathique petit village de granit au pied du château.

Maison du village de Léhon


Petite cité d'Art et d'Histoire


Lisez cet article en anglais : Touring through the remains of Léhon

Balade de Dinan à Léhon par le canal d'Ille et Rance (Bretagne, France)

Vous voulez prendre l’air à Dinan ? Mais vous ne voulez pas vous épuiser à monter le Jerzual (la rue du Jerzual est LA rue à visiter à Dinan)… Longez le canal d’Ille et Rance, c’est pas mal non plus...

En bas du Jerzual, au port de Dinan, passez le petit pont de pierre et longez le chemin rive gauche. Après une petite demi-heure, vous apercevrez les jardins de l’abbaye de Léhon et une partie des bâtiments conventuels (religieux, quoi !).

jardins et bâtiments conventuels de Léhon


Ils savaient choisir des endroits bien agréables, ces moines…

les baies gothiques du réfectoire de Léhon


Admirez le pont en pierre de Léhon. Depuis toujours, les hommes ont cherché à traverser les rivières et pour cela il fallait des lieux propices au passage à gué. Ce gué servait déjà lorsque la voie romaine Rennes Corseul était utilisée.

Plus tard ce sont les moines, au Xè siècle, qui font évoluer les choses : un pont … en bois est construit. Mais la Rance n’est pas canalisée et elle est toujours bien sauvage. Alors vous imaginez le travail lors des crues… Adieu petit pont de bois, bonjour la reconstruction… Le pont est bien souvent dans l’eau…

Ce n’est qu’entre le XVè et le XVIè siècle que l’on pense à une construction en dur, en pierres. Mais la Rance -toujours pas maîtrisée- continue d’attaquer le pont qui l’enjambe.

pont de Léhon


Par période, le pont est en piteux état… surtout qu’on en fait sauter l’arche centrale –il en avait quatre alors- pour empêcher les armées royales d’atteindre Dinan en 1799

L’arche manquante sera remplacée par une passerelle en bois, puis au XIXè siècle en métal qui permet aux bateaux de passer.

En 1832, la Rance est canalisée et un important trafic de marchandises de Saint Malo à Rennes se met en place. Le chemin de halage (c'est le chemin par lequel vous êtes arrivé) permet aux chevaux de haler les bateaux pour les remonter jusqu'à Rennes. Dans l'autre sens, le courant les ramenaient jusqu'au port de Saint Malo.

Le pont, que l’on voit aujourd’hui, est construit en 1925. Il n’a qu’une seule arche pour laisser passer les chalands (bateau plat destiné au transport fluvial) sur le canal.

arches du pont de Léhon


Mais l’histoire du petit pont de Léhon connaît encore des rebondissements : cette fois ci, c’est pour empêcher l’avancée des Alliés, que les Allemands détruisent l’arche centrale. Elle ne sera remontée qu’en 1946.

rue piétonne de Léhon


Maintenant que vous êtes sûr de la solidité du pont, que la Rance est canalisée et qu’il n’y a pas de troupes à l’horizon, allez faire un tour sur l’autre rive… dans la petite cité de caractère de Léhon...

Lisez cet article en anglais : Walking along the canal d'Ille et Rance to a picturesque village of Léhon (Brittany, France)

ODORICO : l'exposition sur les mosaiques italiennes est aux Champs Libres à Rennes

Gli Italiani sono arrivatti.... Daï.

L'exposition Odorico aux Champs Libres (Rennes) présente les travaux de deux générations Odorico, famille italienne du Frioul (Venise) arrivée à la fin du XIXè siècle. Les deux frères Vincent et Isidore travaillent d'abord à Paris et participent aux travaux de l'Opéra Garnier (symbole de l'innovation dans la technique de pose des mosaïques) avant de s'installer à Rennes suite à des commandes d'architectes du diocèse comme mosaïstes.

Les deux hommes vont diffuser la nouvelle façon de poser les mosaïques : la pose par inversion (on colle d'abord à l'envers les tesselles* sur un morceau de papier avant de l'appliquer à son support) et décorent bâtiments privés et publics de "mosaïques vénitiennes, romaines, de marbre, en émaux ou en or", dans tout le grand Ouest (Angers la maison bleue).

(*tesselles : morceaux de mosaïques, pierres, émail, verre, céramique, marbre...)


Affiche de l'exposition d'Odorico aux Champs Libres à Rennes


Les fils d'Isidore continueront l'entreprise en y apportant une touche artistique (l'un d'eux a fait les Beaux Arts de Rennes). Ils multiplient les décors Art Déco (ornement stylisé et abstrait 1920-35), tant à l'extérieur qu'à l'intérieur des bâtiments : devanture de boutiques, de resto, piscines ou salles de bain...

La deuxième génération Odorico triomphe ouvrant des succursales en 1920 à Angers, Nantes et Dinard tandis que Rennes devient un des centres de production les plus importants de France et la plus grande entreprise de l'Ouest en 1930.

L'entreprise aura jusqu'à une centaine d'ouvriers (presque tous des Italiens) et son "patron" s'intéressera de près au football et à l'idée d'un championnat professionnel... qui verra le jour en 1932. Le Stade Rennais aura, dans la future lignée des Pinault, Dodor comme président.

L'exposition Odorico retrace la saga de la famille italienne, de l'entreprise Odorico et rappelle aussi l'histoire de la mosaïque, née en -3000 en Mésopotamie. Et ce sont les Romains qui d'abord dans leur villae puis via les édifices religieux vont la diffuser...

L'expo rennaise présente des tableaux de mosaïques, des dessins de réalisations, des vidéos... sur un fond sonore de vieilles chansons italiennes. Vous verrez aussi des reproductions dans des bâtiments publics, religieux, privés...

Des démonstrations ont lieu du vendredi au dimanche, animé par Dawa et Marie. Les deux artistes vous montrent la technique et vous proposent de finir un tableau de mosaïques (ils en sont au 3è).

Un espace pour les 3-6 ans, un carnet découverte pour les 7-12 ans et l'atelier pour les adultes permettent à chacun d'y trouver son compte.

C'est didactique, intéressant. L'expo dure 9 mois, les œuvres sont fragiles et difficiles à conserver. Les journées du patrimoine (fin septembre) seront donc le prétexte à un changement dans les supports présentés, permettant ainsi à certaines d'entre elles de se reposer ! et , à nous, de découvrir ainsi d'autres merveilles.

Si vous aimez les mosaïques... bretonnes, allez-y.

Ouvert du mardi au dimanche, de 12 (13h l'été) à 19h, nocturne le mardi jusqu'à 21h. Fermé lundi et jours fériés.

Les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne aux Champs Libres à Rennes

Je sais que c’est un peu tard – les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne – ont lieu le 12 et le 13 décembre mais je ne peux pas ne pas parler de ces rencontres concernant la culture locale dans un blog sur la Bretagne, ses habitudes, ses clichés…

Qu’est ce que le PCI (patrimoine culturel immatériel) ?

L’ Unesco en 2003 par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a validé l’idée que le patrimoine, ce n’est pas uniquement du « matériel ». Mais soyons didactique et rappelons d'abord ce qu’est le patrimoine matériel.
L’UNESCO est à l’origine de la convention de 1972 pour la sauvegarde du patrimoine matériel (cela rassemble le patrimoine culturel cad les monuments, notamment les … sculpture[s] ou … peintures monumentales, éléments ou structures de caractères archéologiques, inscriptions, grottes […] qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science ; les ensembles : de constructions, …, les sites… qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.
Et le patrimoine naturelformations physiques et biologiques… qui ont une valeur universelle exceptionnelles du point de vue esthétique ou scientifique, … les formations géologiques et physiographiques … constituant l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle… Les sites naturels ou les zones naturelles. En bref, le patrimoine matériel, c'est tout ce qui est solide (construction de l'homme ou de la nature)... mais qui menace un jour de s'écrouler et qu'il faut sauvegarder pour nos descendants !!!

En 2003, l’UNESCO a rapproché le patrimoine de l’immatériel. Je m’explique à nouveau en citant la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel : les traditions et expressions orales, y compris la langue […], … les arts du spectacle, … les pratiques sociales, rituels, et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
En résumé, le PCI, ce sont les manifestations de la culture dite traditionnelle et ses savoir faire.
L’objectif de ces rencontres, je crois, est de faire connaître cette convention, de penser à son application concrète en Bretagne -la convention a été ratifiée en 2006 en France-. Et de s'interroger sur ce qu'on doit sauvegarder ?
Est ce du collectage de musique, de contes, de souvenirs liés à des événements marquants de la région ou des savoir faire pour le cidre, la fabrication des fagots, la galette saucisse...

Pour plus d’infos, je vous renvoie au programme ou à ses possibles applications.

Fruits et légumes d'été

C'est l'été... La saison des fruits sucrés et juteux... et la fin de mes calendriers...

Si vous voulez en imprimer, je vous conseille, soit celui d'un site gouvernemental, qui résume la situation en un tableau.... soit celui d'une imprimerie (un calendrier de poche) qui fait défiler les mois avec les fruits et légumes correspondants...
Évidemment c'est gratuit...

Au risque de me répéter, quelques légumes, comme ils se conservent très bien, peuvent se consommer toute l'année : Betteraves, Carottes, Céleris, Pommes de terre et Oignons.

Comme les jours sont agréables, allez à la cueillette (dans certaines fermes, on propose de ramasser soi même ce que l'on souhaite consommer) ou en vous baladant, récoltez mûres, prunelles et autres noix et châtaignes....
N'oubliez pas que les fruits exotiques ne poussent pas toute l'année....

Je vous indique, en lien, des légumes et des fruits qui sont produits dans la région ou des recettes...

JUILLET
Pour les légumes :
Ail, Asperges, Artichauts, Aubergines, Batavia, Brocolis, Concombres, Cotes de Blettes, Courgettes, Epinards, Fenouil, Haricots Verts, Laitues, Mais, Petits pois, Poivrons, Radis, Roquettes, Salades, Tomates

Pour les fruits
Frais Abricots, Brugnons, Cassis, Cerises, Fraises, Framboises, Groseilles, Melons, Mûres, Myrtilles, Nectarines, Pastèques, Pêches, Prunes, Rhubarbes
Exotiques Bananes
AOUT
Pour les légumes :
Artichauts, Aubergines, Cotes de bettes, Brocolis, Concombre, Courges, Courgettes, Epinards, Fenouils, Haricots verts, Laitues, Maïs, Navets, Pois, Poivrons, Roquettes, Tomates

Pour les fruits
Frais Abricots, Cassis, Figues, Framboises, Fraises, Groseilles, Melons, Mirabelles, Mûres, Myrtilles, Nectarines, Pêches, Poires, Prunes, Prunelles, Raisins, Reine-claudes
SEPTEMBRE
Pour les légumes
Artichauts, Aubergines, Bolets, Choux, Concombres, Cotes de blette, Courgettes, Epinards, Fenouils, Laitues, Haricots verts, Maïs, Poivrons, Potirons, Radis, Romaines, Salades, Scaroles, Tomates, Truffes

Pour les fruits
Frais Coings, Figues, Framboises, Fraises, Fraises des bois, Groseilles, Quetsches, Melons, Mirabelles, Myrtilles, Mûres, Nectarines, Pêches, Pêches de vigne, Poires, Pommes, Prunes, Prunelles, Raisins, Reine-claudes
Secs Châtaignes, noisettes, noix
Exotiques Ananas, Bananes

Les menhirs de Pleslin-Trigavou (Côtes d’Armor, Bretagne) : prétexte à une fête

Pleslin-Trigavou, oui, ces deux paroisses se sont unies, il y a quelques décennies et, en dot chacune avait un beau patrimoine : A Pleslin se trouve le 3è site mégalithique de Bretagne (il a 4000 ans) et à Trigavou, on a trouvé au siècle dernier une centaine de haches de bronze, qui ont 3000 ans….
Une union riche en histoire, donc… et je ne vous ai parlé du reste !

Est ce pour célébrer cette union qu’a lieu la fête des mégalithes fin juillet ?
Ou pour honorer les fées ?
Ou commémorer les druides ?
Ou pour perpétuer une tradition du XIXè siècle ?
Le site mégalithique, classé depuis 1887, est sûrement bien différent de l’époque néolithique. S’il reste encore 65 menhirs, disposés en 5 rangs et orientés comme à Carnac, Est – Ouest, on peut supposer que le paysage était autre il y a quelques millénaires… oui car aujourd’hui les pierres sont toutes couchées,

Pierres couchées de Pleslin Trigavou


elles devaient être levées à l’époque. Du coup, le site ressemble bien à un Champ de Roches, c’est son nom, et est moins impressionnant que si toutes ces tonnes étaient debout…

Comment sont-elles arrivées là ces pierres ?

C’est l’éternelle question, le suspense du néolithique… mais j’ai un indice : le Mont Saint Michel…

Ah bon, il existait déjà ?!

Voilà l’histoire complète : Des fées devaient transporter des pierres pour bâtir le Mont-Saint-Michel. Fatiguées –c’est lourd-, elles s’en débarrassèrent ici, au Champ des Roches.

Juste à côté, une collection de chênes (pleins d’essences différentes) rappellent que les menhirs sont aussi le domaine des druides

Plus tard vers 300 ans av. notre ère, les Celtes vont réutiliser les édifices mégalithiques issus des peuples néolithiques : Le Champ des Roches va être le théâtre de nouvelles croyances, qui vont donner naissance à certaines légendes et mythes qui ont subsisté jusqu'à encore voilà quelques décennies. Les druides, prêtres tout-puissants y officiaient. En ce lieu, se célèbrèrent sans doute des cérémonies rituelles qui pourraient aujourd'hui nous paraître étranges voire cruelles. Par ces rites les Celtes cherchaient à communiquer avec le surnaturel et l'Autre Monde.

Chênes et menhirs


En face, il y a une grande aire pour perpétuer la tradition ?

Vers 1850, une tradition très ancienne, conduisait les habitants de Pleslin à rendre hommage au Champ des Roches, le jour de la Saint Jean et de la Saint Pierre. Aux gens de la commune se joignaient des visiteurs venus de plus loin.Ces fêtes se traduisaient par des banquets et des feux de joie allumés le soir : elles devaient prendre une forme relativement païenne, car les prêtres de la paroisse s'efforçaient vainement de faire cesser ces rites.


Bon, alors la fête des mégalithes, c’est pour quoi selon vous ?

Lisez cet article en anglais : The menhirs of Pleslin-Trigavou, Brittany, France



Week-end de randonnées dans les montagnes de Bretagne : escapade dans le Trégor

Le Menez-Bré, vous connaissez ? C'est l'un de nos monts les plus élevés avec le Menez Hom.... Le premier appartient au Trégor (Côtes d'Armor), le second se situe bien plus à l'Ouest, dans le Finistère.

Et c'est du premier que je reviens ! Tentez donc l'ascension du Menez-Bré et vous verrez qu'il se mérite... 18%... rien que ça...

Le Ménez-Bré vu d'en bas


Menez-Bré (on prononce ou non le z selon le coin de Bretagne qu'on habite) est une magnifique colline de 302 mètres, sur laquelle est construite la chapelle Saint Hervé.

Il est entouré par trois communes Louargat, Pédernec et Tréglamus. On peut l'aborder de tous les côtés et redescendre par la face opposée puisqu'une fois en bas, une route en fait aussi le tour et permet de revenir à votre point de départ.

Tout en haut, la chapelle Saint Hervé domine le paysage et l'on peut, grâce à une table d'orientation, deviner les différents points du paysage... des Monts d'Arrée à la côte de granit rose..

C’est au Mené Bré que Conomor *aurait été jugé. C’est là également que Gwench’lan*, barde et prophète du Vème siècle, ennemi des chrétiens et ami des oiseaux aurait été enterré, après le combat qui l’opposa à saint Hervé.
(Conomor est un "barbe bleue" breton...
Gwench'lan est un barde qui refusant de se convertir au catholicisme, a eu les yeux crevés)

D'où la chapelle Saint Hervé sur le Mont menez-Bré (dont certains éléments datent du XVI, XVII et XVIIIIè siècle - elle a souvent été rebatie).
.. Elle a été un lieu de pèlerinage très fréquenté - mais elle est aujourd'hui, malheureusement fermée la plupart du temps.

Chapelle Saint Hervé


Laissez moi vous conter ... l'histoire de Saint Hervé.... et de sa chapelle.

C'est un des rares saints bretons à être né ici, en Bretagne au VIè siècle. Son père était un barde de Grande Bretagne et sa mère une bretonne. Aveugle de naissance, Dieu ne voulait pas qu'il voit les apparences trompeuses du monde, il devint ermite et se déplaçait, accompagné d'un loup. Confesseur, il est très populaire dans toute l'Armorique. Ce saint est aussi barde et exorciste

Un barde... Il est le patron des musiciens et des chanteurs bretons. C'est pour cela que les bardes bretons se réunissaient ici, une nuit entière pour prier...

Et exorciste... Les démons n'avaient qu'à bien se tenir... En effet, au XVIIIè siècle, des séances d'exorcisme avaient lieu ici sur la montagne sacrée (traduction de Menez-Bré en breton).
Un épisode connu rapporte qu'un abbé, Guillermic pour ne pas le nommer, grimpait pieds nus la colline en récitant à l'envers ses prières et en lançant du lin aux démons qui désiraient être payés.
Avant lui, de nombreux exorcistes venaient ici célébrer une messe à minuit pour faire fuir les mauvais esprits.

Saint Hervé est invoqué pour guérir des angoisses, des peurs ou encore pour les dépressions.

Ce saint patron a aussi fait jaillir une source près de la chapelle (300m à l'est) où l'on plongeait les enfants malades pour qu'ils guérissent. De nombreux fidèles souffrant demaladies des yeux ou du cuir chevelu y venaient aussi en pélerinage...

C'est enfin lui qui aurait composé un cantique breton très connu Le Paradis (Ar Baradoz). C'était un barde...

Saint Hervé est fété le 17 juin.



A côté de cette figure bretonne subsistent des interrogations autour du Ménez-Bré ...
On affirme que Gwench’lan a caché un trésor dans les entrailles du mont, après l’avoir fait transporté par un charretier dont il avait bandé les yeux. Peut-être le retrouverez vous ? …

Le Ménez-Bré est aussi, depuis le Moyen Age, renommé pour ses foires du cheval qui ont cessé dans les années 1960.

Mais il n'y a pas que le Menez-Bré à apprécier ici.

Randonnez à Louargat, le village qui est au pied du Mont.

D'abord parce que le village de maisons en pierre est plaisant. Et puis parce que vous y trouverez d'autres prétextes pour vous balader : le ou plutôt les menhirs de Pergat à quelques kilomètres du bourg, au bout d'un chemin. Le plus haut, de 7 à 10 mètres selon les sources, est un des plus hauts d'Europe. Et un autre plus modeste de deux mètres de haut. Si on met le dos contre le grand menhir (ne pas porter de nylon) en regardant le petit menhir, il y création autour de soi d’un champ de lignes de force. En conséquence, les cheveux ont tendance à se dresser sur la tête.
Le tumulus (pas facile à trouver..., je n'ai pas trouvé d'info le concernant) est dans la direction opposée.
Les nombreuses églises et chapelles (Saint Eloi, Notre Dame des neiges, Saint-Jean, Saint-Fiacre, Saint-Paul, Saint-Sylvestre...) qui peuplent la commune.

Pourquoi ne pas y passer un week-end... Vous aurez le choix entre un hébergement dans un gite à quelques pas de la chapelle Saint Hervé, au pied du Ménez-Bré ou bien vous pourrez planter votre tente dans un camping original, le parc du Manoir du Cleuziou (XVe siècle - XVIIe). Vous pourrez même agrémenter vos plats ou salades par des herbes aromatiques à aller cueillir dans leur jardin... Sympa, non !



Lire cet article en anglais : Weekend hiking in the mountains of small Britain(Brittany France)

Patrimoine païen breton : la Vénus de Quinipily près de Baud (Morbihan, Bretagne)

Le mystère de la Vénus de Quinipily fait beaucoup parler … Mais qui est-elle ? J'ai mené l'enquête...

En granit et haute de plus de 2 mètres, elle se trouve dans l'enceinte de Quinipily, tout près de Baud. Pour la trouver, rendez vous à Baud et suivez les panneaux.



Quand vous êtes sur la petite route, longez les enceintes de l’ancien château de Quinipily (aujourd'hui détruit, seuls les communs ont été restaurés),

 l'


et arrêtez vous devant la grille. On vous accueillera avec un petit fascicule trilingue expliquant l’histoire de la statue, vous acquitterez un droit de visite (3 euros pour les adultes) pour pouvoir vous promener dans l’enceinte jusqu’à la Vénus, les bruyères

Bruyère


et plus haut la fontaine Saint Michel.

Premier indice : le guide Joanne de 1883 :
"...les ruines du château de Quinipily et les enceintes étaient recouverts en partie de pierre et de ronces… on aperçoit la statue, placée sur un édicule au dessus d’une grande cuve en granit…. barbare échantillon de l’art antique ( Pas mal le commentaire !!!). Tout ce que l’on peut affirmer c’est qu’au hameau de la Gouarde où elle s’élevait d’abord, cette statue portait le nom de Groarc’h er Gouard (la sorcière de la Garde) et qu’elle y fut jusqu’à la fin du XVIIè l’objet d’un culte grossier que lui rendaient les paysans. On lui apportait des offrandes, les malades allaient la toucher pour se guérir, les femmes relevant de couches se baignaient dans une vaste cuve placée à ses pieds ; enfin les jeunes gens et les jeunes filles qui désiraient se marier se permettaient devant la déesse certains actes répréhensibles.

Vénus sur son piedestal et la cuve de 3600 litres


Transportée en 1696 avec son auge au château de Quinipily par les soins de M. de Lannion, cette figure haute de 2 m ne trahit en aucune manière le culte lubrique dont elle a été l’objet ; on ne peut être plus modeste sans vêtement que cette Vénus hottentote *. On ne sait s’il faut attribuer à M. de Lannion les inscriptions IIT ou LIT … inscrites sur la bandelette qui lui ceint le front.
L’interprétation de ces trois lettres a mis aux abois les archéologues et donné lieu à des discussions sans résultat…"
(* La Vénus hottentote est un type de femme bochimane et non hottentote -pasteurs nomades de l'Afrique du Sud Ouest-. La nudité n'était pas de bon goût à l'époque...)

On comprend mieux après ces commentaires acerbes que le clergé breton n'ait pas toujours eu en odeur de sainteté la statue ...

La notice explicative donnée sur le site affine mes investigations : cette statue serait de provenance très ancienne égyptienne ou romaine … Le clergé de Vannes était très embarrassé par le culte populaire qui lui était voué. Située auparavant sur la montagne de Castennec, les ecclésiastiques voulurent faire cesser les superstitions qui l’entouraient. Elle fut plusieurs fois renversée mais à chaque fois les paysans la relevaient et continuaient leurs rituels. Bien embêtés, les religieux passèrent à l'étape supérieure : la noyade dans la rivière.
"En 1661 et 1690, l'évêque de Vannes la fit jeter dans le Blavet. Sa récupération, en 1698, par le comte de Lannion en son château de Quinipily provoqua un retentissant procès avec le duc de Rohan."
C’est à la suite d’un jugement en 1701 (C'est Lannion qui gagne) qu’elle est finalement installée sur le site où elle est actuellement.

L'enquête progresse... et les informations officielles sur les dossiers électroniques de l’inventaire général du patrimoine culturel vont boucler la boucle de son origine :
"La déesse est représentée nue, les mains sur la poitrine ; une sorte d'étole qui passe autour du cou lui descend jusque sur le ventre."


Vénus égyptienne, romaine ou gauloise ?

Cette statue de plus de 2 m en granit est posé sur un piédestal et a à ses pieds une grande cuve en granit (d’une capacité de 3600 litres) qui était avant alimenté par la source au dessus.
Jusque là pas de scoop, mais est-elle égyptienne, gauloise ou romaine ???
"L'histoire de cette oeuvre remonte à l'Antiquité, elle commence dans la commune voisine de Bieuzy sur la butte de Castennec près du prieuré de la Couarde : une cuve associée à une statue antique représentant une femme, probablement une Vénus, appelée "Notre-Dame de la Couarde", y était vénérée par le peuple depuis des temps immémoriaux…"

"En 1698, Pierre de Lannion sort la statue du Blavet et la fait transporter avec la cuve au château de Quinipily. Lorsqu'il veut la faire retailler pour lui redonner "figure humaine", la pierre éclate en morceaux. Il fait alors sculpter la statue actuelle et la pose sur un piédestal neuf au bas duquel est placée la cuve. L'eau y est amenée au moyen de tuyaux, à partir des sources voisines, notamment celle de la fontaine Saint-Michel située au nord."

Site de la chapelle et fontaine de saint Michel à Quinipily


La statue n'est donc pas antique mais beaucoup plus récente. Pourtant, une incohérence est encore pointée :
"La date de 1696, gravée sur la quatrième face du piédestal est vraisemblablement fausse puisque la statue de la Couarde n'a été tirée des eaux du Blavet qu'en 1698, après son achat par le comte de Lannion. De plus, la fabrication du monument n'a eu lieu qu'après le procès engagé au sujet de la statue entre le duc de Rohan et le comte de Lannion en 1701."

Continuez la balade et vous verrez les traces de l’ancienne chapelle Saint Michel.
Et ce n'est vraisemblablement pas une coincidence que Saint Michel terrasse ici le dragon. Vous savez qui représente le dragon ???

Saint Michel


Et bien le dragon représente les croyances populaires, cultes paiens et autres déviances qu'il faut éliminer ...

Y a pas de hasard...

Horaires de visite de la Vénus de Quinipily


Profitez d'être près du Blavet pour aller visiter Poul Fétan ou Melrand (le village de l'an Mil). Pour vous y rendre, longez le Blavet et perdez vous dans le coin, c'est magnifique...



Lisez cet article en anglais : Venus of Quinipily pagan statue in Brittany (France)

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