Patrimoine monumental en Bretange


Les 11 dolmens de Barnenez : un tumulus du Finistère (Bretagne)

Besoin d'une visite guidée à Barnenez ? Faisons le point ensemble :

- Barnenez est une construction qui date du néolithique ?
- Obélix s'en est servi comme carrière de pierres ?
- Il y avait plusieurs cairns sur le site actuel ?
- Le tumulus fait plus de 100 mètres de long ?
- C'est l'ancêtre de la voute en pierre ?
- Barnenez est la tombe d'une femme préhistorique ?
Vous voulez les réponses ?

Le cairn de Barnenez est sur un des bouts du monde de la Bretagne, une presqu’île du Finistère, à Plouezoc'h… Ce Parthénon de la préhistoire (comme l'a appelé Malraux) revient de loin, de très loin même… puisqu’il a failli être arasé en 1954. On n'en admire plus qu'un unique exemplaire aujourd'hui parce que cette énorme construction néolithique de plus de 72 mètres de long n’était pas seule, mais accompagné d’un autre monument.

Qui a disparu. Il a servi de carrière de pierres et celui que l'on peut encore voir aujourd’hui, devait subir le même sort quand, in extremis, les représentants de la culture de l’époque (le ministère de la culture n’existe pas) l’ont protégé et sauvé du démantèlement.

Cairn de profil


Pourtant la butte est signalée dès le XVIIIè siècle sur les cartes et bientôt sur les guides mais on ne devine pas encore l’importance du site

En 1807 le tumulus est cité dans le cadastre napoléonien, puis en 1850 lors d'une réunion scientifique par le maire de la commune de Plouezoc'h. Ces signalements ne suffiront pas à protéger le monument, qui sera la proie d'un entrepreneur au cours du XXe siècle. Se servant d'un premier cairn comme de carrière de pierre, il sera stoppé de justesse en 1955 par les autorités au moment de se servir du second. À ce moment, et en urgence, le cairn restant sera classé à la demande de Pierre-Roland Giot (Directeur des antiquités historiques de Bretagne). Ce sera aussi le déclenchement des premières fouilles sur le site.


En arrivant le site, on découvre l'importance du tumulus (structure qui recouvre une tombe).

Le grand cairn (amoncellement de pierres) est constitué de deux parties d’époques différentes et abrite 11 chambres funéraires (dolmens à couloir) donnant toutes sur le côté sud est.



Construit entre 5000 et 4000 ans avant JC, avec quelques siècles de différences entre l’édification du premier et du second cairn, il a été fréquenté pendant plusieurs dizaines de siècles, même après le Néolithique : certains objets retrouvés dateraient du Moyen Age.

Le premier cairn (le plus vieux et le plus proche de l’entrée) est constitué des pierres affleurant autour du site : 2000 mètres cubes soit quelque 4000 tonnes de matériaux. .. On a pu estimer que les rassembler à la main nécessiterait 10 000 à 12 000 journées de travail (… une dizaine d’ouvriers durant 3 ou 4 ans). Subvenir à la nourriture d’une telle équipe –ou de son équivalent à temps partiel travaillant, par exemple, en morte saison agricole – devait malgré tout rester à la portée d’un groupe de quelques centaines de personnes… (*)

Tumulus de Barnenez


L’ensemble du cairn est constitué d’un amoncellement de pierres sèches (pierres qui sont empilées les unes sur les autres sans mortier) jusqu’à une hauteur de plus de 8 mètres

Le second cairn (qui est collé au premier, mais il faut être un spécialiste pour trouver le début ou la fin du premier ou du second !) est encore plus monumental : deux fois plus important en volume (*). Et les pierres utilisées ont été transportées de sites alentour (1 km de distance). On estime le travail nécessaire 4 à 5 fois supérieur (*).

A ces pierres sont associées, pour certains éléments de la structure, des dalles de plusieurs dizaines de tonnes qu’il fallait transporter aussi jusqu’en haut de la colline…

C’est sur ce deuxième cairn que l’on peut découvrir les chambres funéraires du monument. Au bout du tumulus, un trou (le début de la fameuse carrière) permet de découvrir les constructions de l’intérieur. Quel outil pédagogique! Surtout que chacune des chambres "ouvertes" a sa spécificité :

L’une d’elles est une salle mégalithique (*) (en pierres) : des dalles de pierres de plusieurs tonnes constituent les murs et le toit.



Une autre est une chambre avec, en coupe, une fausse coupole :

Fausse coupole


c'est une voute constituée d’un empilement de pierres où chacune d’entre elles est décalée jusqu’à la fermeture de la voute, le tout maintenu et caché par la structure.

Une autre mélange les deux architectures : dalles de pierres et coupole.

Dalles de pierre de Barnenez


Peu de dalles sont utilisées : peut être parce que les dalles étaient difficiles à transporter… ou encore qu’elles étaient rares ou encore parce qu’avec l’expérience, les bâtisseurs du néolithique s’étaient rendu compte qu’elles se brisaient sous le poids du tumulus. Certaines dalles de plusieurs tonnes sont "fendues" dans le cairn. Cette salle était fermée mais il y avait un " hublot" qui permettait peut être d’apporter des offrandes dans la chambre.

Toutes ces chambres étaient des tombes, individuelles (hommes ou femmes importants nous a expliqué le guide) ou collectives, auxquelles on accédait par un couloir... (un passage symbolique entre deux mondes…).

Couloir d'une des chambres


Cette incroyable structure en pierre, ce mausolée néolithique (*), est construit dans une presqu’île, sur une hauteur naturelle…

Le paysage à l'époque était différent et même si le niveau de la mer à l’époque était plus bas, le lieu n’a pas été choisi au hasard.

Vue sur la baie de Plouezoc'h


Les architectes préhistoriques cherchaient sûrement à admirer la mer... ou à être vu de loin... et à dominer leur espace.

Baie de Morlaix


Il reste encore bien des choses à découvrir … Allez y pendant les vacances, passez un petit week end dans le Finistère et surtout profitez des 3 visites guidées par jour pour tout apprendre sur ce lieu insolite, sur les recherches de l'archéologie en Bretagne . Et sur l'architecture de la préhistoire...





Sources : * Le grand cairn de Barnenez, Mausolée néolithique de Charles Tanguy Le Roux et Yannick Lecerf

Lire cet article en anglais : Neolithic tourism in Brittany (France) : 11 passage graves in the cairn of Barnenez

Pourquoi ne pas lire aussi :


Les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne aux Champs Libres à Rennes

Je sais que c’est un peu tard – les rencontres du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) en Bretagne – ont lieu le 12 et le 13 décembre mais je ne peux pas ne pas parler de ces rencontres concernant la culture locale dans un blog sur la Bretagne, ses habitudes, ses clichés…

Qu’est ce que le PCI (patrimoine culturel immatériel) ?

L’ Unesco en 2003 par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel a validé l’idée que le patrimoine, ce n’est pas uniquement du « matériel ». Mais soyons didactique et rappelons d'abord ce qu’est le patrimoine matériel.
L’UNESCO est à l’origine de la convention de 1972 pour la sauvegarde du patrimoine matériel (cela rassemble le patrimoine culturel cad les monuments, notamment les … sculpture[s] ou … peintures monumentales, éléments ou structures de caractères archéologiques, inscriptions, grottes […] qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science ; les ensembles : de constructions, …, les sites… qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.
Et le patrimoine naturelformations physiques et biologiques… qui ont une valeur universelle exceptionnelles du point de vue esthétique ou scientifique, … les formations géologiques et physiographiques … constituant l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle… Les sites naturels ou les zones naturelles. En bref, le patrimoine matériel, c'est tout ce qui est solide (construction de l'homme ou de la nature)... mais qui menace un jour de s'écrouler et qu'il faut sauvegarder pour nos descendants !!!

En 2003, l’UNESCO a rapproché le patrimoine de l’immatériel. Je m’explique à nouveau en citant la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel : les traditions et expressions orales, y compris la langue […], … les arts du spectacle, … les pratiques sociales, rituels, et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ; les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.
En résumé, le PCI, ce sont les manifestations de la culture dite traditionnelle et ses savoir faire.
L’objectif de ces rencontres, je crois, est de faire connaître cette convention, de penser à son application concrète en Bretagne -la convention a été ratifiée en 2006 en France-. Et de s'interroger sur ce qu'on doit sauvegarder ?
Est ce du collectage de musique, de contes, de souvenirs liés à des événements marquants de la région ou des savoir faire pour le cidre, la fabrication des fagots, la galette saucisse...

Pour plus d’infos, je vous renvoie au programme ou à ses possibles applications.

Moulins à marées en Bretagne

Mais à quoi servent les marées ? A moudre de la farine, pardi !
- Pourquoi y avait-t-il autant de moulins à marée en Bretagne ?
- Y en a -t-il ailleurs ?
- Depuis quand ces moulins existent ?
- Comment ça marche ?
- Où peut on en voir ?

- Pourquoi y avait-t-il autant de moulins à marée en Bretagne ?
La Bretagne est une terre d'abers... d'estuaires en quelque sorte. Et celles-ci sont fort précieuses pour nos moulins. A chaque marée, la mer les envahit puis les délaisse et c'est ce mouvement de marées qui est à l'origine de l'énergie des moulins.

Moulin de Pen Castel dans la presqu'île de Rhuys, Morbihan


- Y en a-t-il ailleurs ?
Il y en a dans les pays à estuaires, le Portugal, l'Espagne, le Royaume Uni, l'Irlande, les Pays Bas et les Etats Unis.

- Depuis quand ces moulins existent ?
On les connaît, en Bretagne, dès le Moyen Age, et il y en eut jusqu’à une centaine dans la région.

- Comment ça marche ?
Le moulin à marée utilise comme énergie la force de la mer. Le principe était simple : on laissait les marées montantes remplir un bassin fermé par une digue. Une fois la marée basse, il suffisait d’ouvrir le bassin et de laisser s’échapper l’eau qui actionnait une roue.

Bassin du moulin de Pen castel


Ce type de moulin demandait un investissement de départ : une digue à construire. Le meunier, par contre, vivait à l'heure des marées et pouvait travailler la nuit.

Meunier tu dors… oui parfois pendant le jour… si j’attends la mer…

Inconvénients de ce système : comme tous les énergies liées aux éléments, elles sont variables. Avec les périodes de vive-eau (marées à forte amplitude) et de morte-eau… Marée importante, bon fonctionnement, petit coefficient de marée, faible mouvement…

Digue du moulin de la vallée de la Rance


Avantage : C'est une énergie renouvelable... La marée revient toutes les 6 heures… Ce n’est pas le cas du vent…

Les moulins pouvaient être alimentés en grains par la terre et par la mer. Les chariots et les bateaux repartaient chargés de farine…

Moulin à marée dans la vallée de la Rance


Petite précision encore. Le moulin implique une pratique artisanale des meuniers. Plus tard on parle de minoterie, ce qui suppose une destination industrielle du monument. L’utilisation des moulins de mer s’arrête avec la Seconde Guerre Mondiale.

Si vous voulez comprendre le phénomène, la maison de la Rance à Dinan explique, à l’aide d’une maquette, le fonctionnement du moulin. La Rance possédait beaucoup de moulins car l’amplitude des marées y est particulièrement importante.

- Où peut on en voir ?
En Bretagne, certains moulins ont été restaurés : dans le Sud de la Bretange, le moulin de Pen Castel dans la presqu’île de Rhuys et dans le Nord, à Bréhat le moulin du Birlot ou encore le moulin du Prat sur la Rance qu'on peut visiter tous les jours en saison et les dimanches et jous fériés sinon… .

Estuaire sans eau dans la vallée de la Rance


Lisez cet article en angalis : Tidal mills in Brittany France

Les journées du patrimoine en Bretagne

Voilà un événement qui revient tous les ans et dont on est loin de faire le tour!!!

Ce week end de septembre, le 3ème depuis plus de deux décennies, permet à tout un chacun de visiter des lieux remarquables, qui sont d'habitude fermés au grand public. Car évidemment l'intérêt de ces deux journées est d'aller faire nos curieux dans des endroits où on ne peut aller d'habitude...

Des châteaux et des manoirs privés, des jardins avec des menhirs énormes, des intérieurs inimaginables, des promenades sur des propriétés privées, des chapelles ou églises d'habitude fermées, des moulins ou des sémaphores inaccessibles habituellement ...

Bref ce sont plus de 15000 sites qu'on peut découvrir en cette fin septembre. Souvent les visites sont gratuites, c'est bon pour le tourisme ce petit week end !!!

Si vous voulez en savoir plus, allez voir le programme pour la Bretagne et les lieux d'ouverture exceptionnelle : il y en a quand même 193 pour la région Bretagne.

L'histoire démarre en 1984 avec une journée portes ouvertes des Monuments historiques. Mais quelques années plus tard, en 1992, on passe à deux jours et on les baptise les Journées du Patrimoine.

Le pli est très vite pris par d'autres pays européens puisque dès l'année suivante, la journée existe chez nos voisins. Le Conseil de l'Europe et l'Union Européenne s'en mêlent en 1991 et les journées deviennent des Journées Européennes du Patrimoine. En 1995, 34 pays organisent la manifestation et plus de 13 millions d'Européens y participent. Aujourd'hui 49 pays se sont joints à cette idée. Mais par contre, les manifestations européennes n'ont pas toutes lieu aux même dates !!!

Depuis 1997, chaque année la France met en valeur un thème précis : en l'an 2000, par exemple, les journées s'articulaient autour du "patrimoine du XXè siècle".

Les journées ont été annulées une seule fois depuis leur création en 2001 suite à l'attentat du 11 septembre.

C'est bien ces initiatives, ça permet la curiosité, d'amener les enfants à regarder des sites sympas et de ne pas laisser tout le temps aux écoles le choix du patrimoine à découvrir.

Ferez vous partie cette année des 12 millions de visiteurs ?


Les Bretons et la première guerre mondiale

Le 11 novembre, c’est la fin de la Grande Guerre. Et la Bretagne, c’est la région qui a payé le plus lourd tribut : un mort pour 19 habitants, la France un mort pour 29 habitants entre 1914 et 1918.

monument aux morts en Bretagne


Si le mémorial de Sainte Anne d’Auray commémore 240 000 morts – il a été fait entre 1922 et 1932-, on parle plutôt aujourd’hui de 110 à 130 000 soldats tués. La France compte alors 1,4 millions de morts ou disparus pour près de 41 millions d'habitants (la Bretagne a 2,5 millions d'habitants).

La Bretagne de 1914 est une terre de paysans et de marins. Et on dit qu'elle a payé un lourd tribut parce que sa population était essentiellement rurale : "cette surmortalité s'explique par l'envoi prioritaire des ruraux en première ligne, comme pour les Corses ou les paysans du Limousin" (Bretagne est univers, catalogue du Musée de Bretagne).

noms des soldats morts de 1914 et 15 dans une petite commune bretonne

soldats morts de 1916, 17 et 18  dans une petite commune bretonne


La Bretagne d’alors ne parle pas toujours français. Et dans certains régiments, les ordres sont même donnés en breton. En effet, pendant cette guerre les régiments étaient basés sur un recrutement géographique : régiment de Bretons, de Normands…

Si les hommes sont sur le front, les femmes bretonnes ne chôment pas. La Bretagne est une région agricole, les femmes doivent gérer les terres car il faut ravitailler les armées et nourrir la province. Toutes les parcelles de terrain sont bonnes à cultiver : ainsi le jardin du Thabor, à Rennes deviendra potager. Les femmes doivent aussi fournir la main d’œuvre dans les usines.

La première guerre mondiale nous est notamment connu par un auteur breton Roger Vercel (1894-1957), qui raconte dans certains de ses romans ses souvenirs de la Grande Guerre. Le plus connu encore aujourd’hui -puisqu’il a été adapté à l’écran en 1996 par B.Tavernier- est Capitaine Conan qui a reçu le prix Concourt en 1934.

Lisez cet article en anglais : Brittany and the First World War

Croyance populaire : Tombe à la fille

C'est en voulant faire une balade en forêt, (du tourisme vert !) que je me suis rappelée de cette histoire...

Teillay est un petit village à une dizaine de kilomètres de Bain de Bretagne. Dans sa forêt, à la limite des départements de l'Ille et Vilaine (35) et de la Loire Atlantique (44), (à la frontière administrative de la Bretagne et des Pays de la Loire), une légende qui remonte à la Révolution Française laisse encore des traces...

En sortant du village, c'est la première route sur la droite dans la forêt. En vous enfonçant quelques centaines de mètres dans le chemin, vous verrez un petit sentier fleuri qui enjambe un ruisseau. Il conduit à une tombe.

Tombe à la fille de Teillay


La légende est rapportée en plusieurs versions mais globalement le fond est le même, seul le sordide varie...

Cette tombe, d'après la légende, est celle de Sainte Pataude (le surnom de pataud était donné aux Républicains par les Chouans)... et vous allez comprendre pourquoi quand vous saurez que c'est l'histoire de Marie Martin, une jeune femme de Tresbouef, qui est à l'origine de cette vénération...
Elle a 18, 19 ans et travaille chez un marchand. Là, les histoires divergent : les Chouans la recherchent ... soit parce qu'elle aurait dénoncé des Royalistes aux Bleus ou bien parce qu'ils veulent faire payer au maître de la jeune fille son attachement à la République. En tout cas, elle résiste...

L'histoire se passe en 1795, grande époque d'amour et de fraternité entre les Monarchistes et les Républicains... Comme elle ne répond pas, les soldats l'emmènent alors dans la forêt, lui font subir toutes sortes d'atrocités (je vous passe les détails, Amnesty International n'existait pas à l'époque mais ils auraient eu de quoi faire !) et finissent par la pendre par les cheveux...
Elle est enterrée au pied du chêne qui la supportait.

Photo de la tombe à la fille


Très vite des rumeurs évoquent que les malades qui s'y rendent en reviennent guéris...
Curieusement ce sont les prêtres réfractaires, qui tentent de faire cesser les croyances en menaçant d'excommunication les "pèlerins" qui s'y rendent... pour des guérisons miraculeuses. (Ce sont quand même les Chouans qui l'ont tuée : il y avait de quoi en faire une martyre rouge !). Mais malgré tout, comme il est écrit dans le rapport de l'époque, tous aristocrates comme patriotes, y vont.

La tombe aujourd'hui est toujours visitée. Elle est couverte de fleurs, des vêtements pendent sur un fil ou sur les arbres alentour, des chaussures jonchent le sol, des lettres témoignent de l'attachement à cette sainte.

Problème de marche


On continue à prier Pataude pour que les enfants marchent (les petits souliers d'enfants en témoignent), mais aussi pour bien d'autres maux ou en espoir de guérisons. Vu le nombre d' ex-voto sur le site, Sainte Pataude a et peut aider de nombreux désespérés. Ouest France explique dans la bouche du maire que les habitants du village continuent à entretenir la tombe, de peur qu'en ne la délaissant, ils ne leur arrivent malheur.

Hommage à Sainte Pataude


Lire cet article en anglais : Popular beliefs : tombe à la fille (tomb to the daughter)

Patrimoine insolite : le menhir christianisé de Saint Uzec (Saint Duzec) en Bretagne

La côte de granit rose est magnifique et ses pierres bien curieuses, je sais. Mais juste un peu dans les terres, vous pouvez découvrir une autre pierre unique et insolite du patrimoine breton.

C’est évident pour tout le monde, la Bretagne est une terre de menhirs (men en breton signifie pierre et hir levée). Et même si on ne sait pas trop quelle signification leur donner, il y en eut partout. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui ont disparu mais on en a encore quelques uns qui valent le détour.

Si vous séjournez sur la côte, près de Pleumeur Bodou, il faut vous rendre au menhir de Saint Uzec (Saint Duzec) sur la commune de Plemeur Bodou et sa chapelle qui est en face. Parce que...

Il est impressionnant
Il fait face à une chapelle qui a un clocher mur
C'est un monument classé
Il est orné de 27 arma christi
Menhir vu de la chapelle Saint Uzec


Ce menhir est impressionnant.
Sa taille d’abord, autour de 8 mètres, au sommet d’une colline, on le voit de bien loin. On ne connaît pas sa signification en tant que pierre levée du néolithique (-5000 à –4000 avant JC) mais on se doute de celle qu’on a voulu lui donner quand elle a été ornée d’une croix, de 27 sculptures et d’une peinture qui a été effacée par le temps.

Il fait face à une chapelle qui a un clocher mur
On le voit très bien de la chapelle sur la colline d’en face : la chapelle Saint Uzec.

Chapelle de Saint Uzec à  Pleumeur Bodou


Cette église gothique de granit a été construite à la fin du XVè siècle, bien avant la transformation du menhir en croix. Son clocher est original – un clocher-mur- tout rectangulaire dans lequel il pourrait y avoir 3 cloches. Elle est consacrée à Saint Uzec (aussi Josse ou Judoc), un prince breton du VIè siècle qui ne voulait pas hériter de ses terres et de son titre et a préféré devenir ermite. Un pardon le vénère le 2è dimanche de juillet.

On dit Saint Uzec ou Saint Duzec car, en breton, -nous sommes en terre bretonnante ici- est liée à la liaison de Zant à Uek qui donne Saint-Duzec.

C'est un monument classé
En face se dresse le menhir. On devait le voir de très loin et sa caractéristique chrétienne pouvait ainsi frapper les esprits.Taille imposante, entouré d’un enclos,

Menhir christiannisé de Saint Uzec dans son enclos


surmonté d’une croix et orné de scultures symboliques, tout est là pour en faire un des plus beaux menhirs christianisés de Bretagne. Il est classé Monument Historique depuis 1889.

Il est orné de 27 arma christi
Le menhir a été transformé en 1674, dit la tradition. Et c’est comme s’il rassemblait à lui seul tous les symboles du christianisme, le tout surmonté d’une croix sculptée avec un Christ en croix. Deux calices recueillent son sang.



Les 27 sculptures sont des arma christi (instruments ou objets de la Passion). Ces images évoquaient les souffrances et le supplice du Christ, avant et pendant la crucifixion (Passion du Christ). Elles étaient fréquentes au XVIIè siècle. Et comprises par la population. Aujourd'hui, ces symboles ne sont pas clairs pour tout le monde... Une petite révision s'impose !
Le soleil et la lune symbolisent la résurrection et la mort. Une lance et un bâton ou une lance et un roseau avec une éponge (qui assouvit la soif du Christ sur la croix) évoquent l’arrestation de Jésus.
Entre les deux, l’aiguière (un vase) et une main rappellent Ponce Pilate qui l’a condamné à mort. Une femme à genoux en prière (qui suivait Jésus lors de son ascension du Mont), et, sous elle, le voile de Véronique (qui a servi à essuyer le visage du Christ). Le coq du reniement de saint Pierre est juché sur la colonne de la flagellation. Une échelle évoque la descente de croix. De chaque côté on voit les deux fouets. En dessous, et de gauche à droite, l’épée de saint Pierre qui trancha l’oreille de Malchus, le serviteur du grand prêtre, une lanterne nous mène à l’arrestation, au jardins des Oliviers, puis des tenailles et un marteau sous lesquels se trouve les deniers de Judas. Sur la dernière ligne enfin, la tunique sans couture (vêtement que la Vierge a tissé pour son fils et qui a grandi avec lui), les dés (pour tirer au sort les vétements de Jésus de Nazareth les répartir entre les soldats). les trois clous. La tête de mort est celle d’Adam : une légende, en effet, rapporte que celui-ci fut enterré sur le Golgotha (lieu de la crucifixion). Sous l’échelle, deux os croisés pourraient signifier la descente aux enfers.
Un grand panneau explicatif vous expliquera le menhir côté pile et côté face. Les sillons verticaux sont le signe de l’érosion… Il pleut en Bretagne, hein !

Erosion sur le menhir christiannisé


Sur de vielles cartes postales du siècle dernier, on distingue une peinture du Christ en croix qui a malheureusement disparu depuis. Les sculptures étaient aussi peintes.
On peut faire des randonnées dans ce coin, elles sont bien indiquées. Alors, un jour de temps maussade, partez en balade, vous ne le regretterez pas. Il existe sur la commune un autre menhir sculpté d’un croix dans le lieu dit de Saint Samson. Je ne l’ai pas trouvé. Mais si vous le croisez au gré de vos balades, faites moi signe…

Lisez cet article en anglais : Unusual heritage : Christianized standing stone at Saint Uzec in France (Brittany)

Tourisme dans la forêt de Brocéliande : l'église de Tréhorenteuc

L'église de Tréhorenteuc n'est pas comme les autres. C'est grâce à l'abbé Gillard. L'autorité ecclésiastique avait décidé d'envoyer un jeune abbé un peu fantasque et contestataire – ses idées de tolérance n'étaient pas appréciées - dans la paroisse la plus "reculée" de ce diocèse morbihanais, afin que certainement la dure vie des campagnes le ramènent à des idées plus acceptables.
Il hérite d'une église en piteux état qu'il décide de rénover... à sa façon (1942-1953) et d'en faire ce qu'elle est aujourd'hui : une église originale où les croyances se croisent ... la légende arthurienne, le monde celte et le christianisme. L'abbé Gillard considérait que ces trois mondes devaient se rencontrer... Le mythe du Graal lui a permis de les rapprocher.

Les références aux chevaliers de la Table Ronde ne sont pas très étonnantes quand on sait que cette petite commune d'une centaine d'habitants est située tout prés de la forêt de Brocéliande, lieu associé à leurs épopées.

La table ronde


Le monde celte a laissé de nombreuses traces en Bretagne... (les druides, ça vous rappelle quelque chose... ils se rassemblent tous les ans dans la forêt)...
Quant au christianisme, il est partout (les croix de pierre jalonnent les chemins bretons).

Vitrail de l'église de Tréhorenteuc


Ce n'est peut être pas, non plus, un hasard .... si Henri Gillard a été chargé de la paroisse de Tréhorenteuc. En breton, Tréhorenteuc signifie... le pays de la charité... tout un programme en lien avec les idées de l'abbé, idées qu'il va mettre en images dans cet édifice.

L'abbé Gillard


L'entrée de l'église est pleine d'interrogations : la porte est en dedans (de soi, à nous de la découvrir...) est gravé sur le porche.

La porte est en dedans


L'intérieur est tout aussi truffé de symboles et d'interrogations. Aidé par deux prisonniers allemands, l'un menuisier fabrique la voute et les bancs, l'autre, peintre est à l'origine de certaines des illustrations de cette chapelle.

Vous pourrez voir la fée Morgane (qui habite tout près, dans le Val sans Retour) immortalisée dans l'église avec les chevaliers de la Table Ronde

Morgane et les chevaliers


ou la Cène (le dernier repas du Christ revisité) ...

La cène et les chevaliers de la Table Ronde


L'église, qu'on appelle aussi la chapelle du Graal, est dédiée à Sainte Onenne, la patronne de Tréhorenteuc. Vingt-deuxième enfant de Judicaël roi de la Domnonée, au VIIè siècle, (un des royaumes de l'Armorique), Onenne est née tout près d'ici, à Gaël. Elle ne veut pas d'une vie de princesse et s'engage comme servante dans une ferme. Elle est représentée sur les vitraux avec des oies. Très pieuse, elle n'a pas fait de miracles mais ses qualités (piété et bonté) l'ont élevé au rang de sainte. Une sainte bretonne...

Si vous voulez encore mieux comprendre l'édifice et tous ses secrets, rendez-vous à l'office de tourisme situé devant l'église, qui propose brochures et visites guidées pour appréhender cet univers original.
Cette petite excursion est l'occasion d'aller voir le manoir des Rues-Neuves (qu'on appelle aussi le château de Gerwan, prince breton du IXe siècle). Classé Monument Historique, le bâtiment est privé et ne se visite pas.

Manoir des rues neuves


Ou de faire du tourisme légendaire : découvrir la forêt avec le Val sans Retour (maris menteurs, amants sans scrupules, abstenez vous : la fée Morgane y emprisonne les hommes infidèles), de vous rendre devant l'Arbre d'Or, (l'arbre vestige des incendies de la forêt de Brocéliande), de vous balader dans les sites mégalithiques comme le Tombeau des druides ou le siège de Merlin..., de visiter l'abbaye de Paimpont, le chène à Guillotin ...



Lire cet article en anglais : Tourism in the French forest : visit the church of Trehorenteuc

Week-end de randonnées dans les montagnes de Bretagne : escapade dans le Trégor

Le Menez-Bré, vous connaissez ? C'est l'un de nos monts les plus élevés avec le Menez Hom.... Le premier appartient au Trégor (Côtes d'Armor), le second se situe bien plus à l'Ouest, dans le Finistère.

Et c'est du premier que je reviens ! Tentez donc l'ascension du Menez-Bré et vous verrez qu'il se mérite... 18%... rien que ça...

Le Ménez-Bré vu d'en bas


Menez-Bré (on prononce ou non le z selon le coin de Bretagne qu'on habite) est une magnifique colline de 302 mètres, sur laquelle est construite la chapelle Saint Hervé.

Il est entouré par trois communes Louargat, Pédernec et Tréglamus. On peut l'aborder de tous les côtés et redescendre par la face opposée puisqu'une fois en bas, une route en fait aussi le tour et permet de revenir à votre point de départ.

Tout en haut, la chapelle Saint Hervé domine le paysage et l'on peut, grâce à une table d'orientation, deviner les différents points du paysage... des Monts d'Arrée à la côte de granit rose..

C’est au Mené Bré que Conomor *aurait été jugé. C’est là également que Gwench’lan*, barde et prophète du Vème siècle, ennemi des chrétiens et ami des oiseaux aurait été enterré, après le combat qui l’opposa à saint Hervé.
(Conomor est un "barbe bleue" breton...
Gwench'lan est un barde qui refusant de se convertir au catholicisme, a eu les yeux crevés)

D'où la chapelle Saint Hervé sur le Mont menez-Bré (dont certains éléments datent du XVI, XVII et XVIIIIè siècle - elle a souvent été rebatie).
.. Elle a été un lieu de pèlerinage très fréquenté - mais elle est aujourd'hui, malheureusement fermée la plupart du temps.

Chapelle Saint Hervé


Laissez moi vous conter ... l'histoire de Saint Hervé.... et de sa chapelle.

C'est un des rares saints bretons à être né ici, en Bretagne au VIè siècle. Son père était un barde de Grande Bretagne et sa mère une bretonne. Aveugle de naissance, Dieu ne voulait pas qu'il voit les apparences trompeuses du monde, il devint ermite et se déplaçait, accompagné d'un loup. Confesseur, il est très populaire dans toute l'Armorique. Ce saint est aussi barde et exorciste

Un barde... Il est le patron des musiciens et des chanteurs bretons. C'est pour cela que les bardes bretons se réunissaient ici, une nuit entière pour prier...

Et exorciste... Les démons n'avaient qu'à bien se tenir... En effet, au XVIIIè siècle, des séances d'exorcisme avaient lieu ici sur la montagne sacrée (traduction de Menez-Bré en breton).
Un épisode connu rapporte qu'un abbé, Guillermic pour ne pas le nommer, grimpait pieds nus la colline en récitant à l'envers ses prières et en lançant du lin aux démons qui désiraient être payés.
Avant lui, de nombreux exorcistes venaient ici célébrer une messe à minuit pour faire fuir les mauvais esprits.

Saint Hervé est invoqué pour guérir des angoisses, des peurs ou encore pour les dépressions.

Ce saint patron a aussi fait jaillir une source près de la chapelle (300m à l'est) où l'on plongeait les enfants malades pour qu'ils guérissent. De nombreux fidèles souffrant demaladies des yeux ou du cuir chevelu y venaient aussi en pélerinage...

C'est enfin lui qui aurait composé un cantique breton très connu Le Paradis (Ar Baradoz). C'était un barde...

Saint Hervé est fété le 17 juin.



A côté de cette figure bretonne subsistent des interrogations autour du Ménez-Bré ...
On affirme que Gwench’lan a caché un trésor dans les entrailles du mont, après l’avoir fait transporté par un charretier dont il avait bandé les yeux. Peut-être le retrouverez vous ? …

Le Ménez-Bré est aussi, depuis le Moyen Age, renommé pour ses foires du cheval qui ont cessé dans les années 1960.

Mais il n'y a pas que le Menez-Bré à apprécier ici.

Randonnez à Louargat, le village qui est au pied du Mont.

D'abord parce que le village de maisons en pierre est plaisant. Et puis parce que vous y trouverez d'autres prétextes pour vous balader : le ou plutôt les menhirs de Pergat à quelques kilomètres du bourg, au bout d'un chemin. Le plus haut, de 7 à 10 mètres selon les sources, est un des plus hauts d'Europe. Et un autre plus modeste de deux mètres de haut. Si on met le dos contre le grand menhir (ne pas porter de nylon) en regardant le petit menhir, il y création autour de soi d’un champ de lignes de force. En conséquence, les cheveux ont tendance à se dresser sur la tête.
Le tumulus (pas facile à trouver..., je n'ai pas trouvé d'info le concernant) est dans la direction opposée.
Les nombreuses églises et chapelles (Saint Eloi, Notre Dame des neiges, Saint-Jean, Saint-Fiacre, Saint-Paul, Saint-Sylvestre...) qui peuplent la commune.

Pourquoi ne pas y passer un week-end... Vous aurez le choix entre un hébergement dans un gite à quelques pas de la chapelle Saint Hervé, au pied du Ménez-Bré ou bien vous pourrez planter votre tente dans un camping original, le parc du Manoir du Cleuziou (XVe siècle - XVIIe). Vous pourrez même agrémenter vos plats ou salades par des herbes aromatiques à aller cueillir dans leur jardin... Sympa, non !



Lire cet article en anglais : Weekend hiking in the mountains of small Britain(Brittany France)

Prénoms bretons courts : Malo et Brieuc

Vous aimez les prénoms courts... c'est vrai, c'est pratique... Ils peuvent s'inscrire sur la gourmette du petit ou facilement être gravé sur un médaillon au bout d'une chaine en or... Non, vous n'êtes pas bijou... Par contre, les lettres majuscules en bois qui décorent la porte de la chambre de vos enfants... Ca vous tente...
Revenons à nos prénoms de quelques lettres... Ce sont peut être les plus connus des prénoms bretons... Ils ont leurs deux statues à Carnoët qui parlent de leurs histoires : Malo avec son bateau et Brieuc avec son loup !

Je vous rappelle leurs légendes... que vous avez peut être un peu oubliées...

Malo est né au Pays de Galles, comme tous les autres saints fondateurs, d'ailleurs (sauf Corentin). Fêté le 15 novembre, il a été le premier évêque d'Aleth, (la presqu'île de la commune de Saint Malo). Où les âmes, à l'époque, avaient bien besoin d'être rappelées à l'ordre et purifiées... dit la légende.
Il est représenté avec un bateau par Patrice Le Guen dans la Valléée des Saints car on dit qu'il aurait mis 7 ans à traverser la Manche avant d'accoster sur Cézembre (l'île qui est en face de Saint Malo).. On l'appelle aussi Saint Maclou (mais personne n'a envie de s'appeler comme la moquette ! Et je n'ai pas trouvé si le nom de ce vendeur de revêtement de sols est lié de près ou de loin à notre évêque malouin !).

Photo de la statue de Malo


Brieuc, moine, est devenu le premier évêque de Saint Brieuc et le fondateur du diocèse. Né en 409, Outre Manche (dans ce qu'on appelle maintenant le Pays de Galles), il y passe sa vie en convertissant ses semblables quand, vieillard, un ange lui demande d'aller évangéliser l'Armorique. Il part avec 168 disciples et fonde un monastère à Tréguier que son neveu Tugdual va administrer...
Comme la peste sévit dans son pays d'origine, il repart, calme l'épidémie et revient avec de nouveaux moines. Il a toute sa vie tenté de convertir les pécheurs (qui sont symbolisés par des loups qui veulent le dévorer mais qu'il arrive à dompter). Brieuc est représenté à Carnoët avec cet animal à ses pieds...

Photographie de la statue de Saint Brieuc


Plus tard, Brieuc reçoit des terres d'un parent comte et y fonde la ville de Saint Brieuc.
La légende continue après sa mort : comme de nombreux miracles se produiront sur son tombeau, il deviendra ainsi un des 7 saints fondateurs. Mort en 502, il est fêté le 2 mai. Brieuc en breton se dit Brieg, il existe d'autres variantes comme Briec ou Brioc.

Qui sont ces Saints fondateurs d'Outre Manche ?

A l'origine, vers le IVè siècle, le christianisme s'impose en Grande Bretagne comme religion dominante. Le titre de saint est honorifique et réservé au clergé. Quand ces religieux viennent évangéliser l'Armorique, les grands bretons importent aussi leur façon de voir le monde... Ils encadrent les populations, leurs noms baptisent le lieu où ils prêchent. Et ils essaiment... dans la toponymie bretonne... C'est ainsi que d'après le dictionnaire du patrimoine breton, « on dénombre environ 800 saints bretons dont beaucoup ne sont connus que par les lann ou les plous auxquels ils ont associés leur nom ».

Lire cet article en anglais : French short names : Malo and Brieuc

Les fraises de Plougastel : tourisme ou patrimoine gastronomique ?

Manger 5 fruits et légumes par jour qu'on nous dit...

Certes, mais entre la tomate sans goût, la pêche pas mûre et la fraise insipide... C'est pas toujours facile !
Sauf... Sauf si, dans la famille des fraises, vous choisissez celles de PlougastelLes gariguettes….

Des petits fruits longs et très « goutés » comme on dit en Bretagne...

Plougastel est depuis longtemps connue comme une terre de fraises. Là encore, c’est une histoire de climat… comme souvent pour la culture des primeurs en Bretagne. La mer régule les écarts de température et la saison dure d’avril à novembre.

Gariguettes de Plougastel


Les champs de fraises sont situés loin du bourg de Plougastel Daoulas. Au siècle dernier, les fraisiers étaient protégés par des murets. Aujourd’hui les plants se cachent sous des tunnels ou dans des serres.

C’est au XIXè siècle que la fraisiculture devient très importante, remplaçant la culture du lin qui faisait alors la fortune bretonne. Le lin servait à faire des toiles (daoulas) qui étaient exportées dans le monde entier. Mais la concurrence américaine et anglaise obligent les producteurs de cette fibre végétale à évoluer. C’est notamment la fraise sur la presqu’île qui remplacera le lin.

Les producteurs produisent à l'époque jusqu’à 25 % de la production française et cherchent des débouchés. Ils se regroupent et tentent … l’Angleterre. Ou Paris quand le chemin de fer Brest Paris s’ouvre en 1865.

Depuis la culture oscille entre des périodes fastes et moins bonnes… La concurrence est rude et il s’agit de se distinguer sur le grand marché international de la fraise.

C’est vrai que la gariguette se mérite… Elle n’est pas la moins chère des fraises mais cueillie à la main, à point et disposée délicatement dans des barquettes, elle est pleine d’odeurs et extrêmement savoureuse. Pas besoin d’y rajouter du sucre, comme elle est récoltée à maturité… Et puis si vous êtes pro développement durable, voilà une fraise produite dans le coin et qui ne voyage pas beaucoup…

Et si vous achetez des fraises bio, vous verrez peut être des fraises avec de drôles de formes : ce sont des fleurs qui ont été mal butinées par les abeilles et qui poussent « déformées »…

Fraise déformée car mal butinée


Et si l’histoire de la fraise vous passionne, sachez que dans nos contrées, la fraise des bois existe depuis toujours (au moins les Romains). C’est Amédée François Frézier qui nous a ramené une variété sud américaine et qu’il est à l’origine de sa culture importante à Plougastel.

Le site du musée de la fraise à Plougastel est plein de recettes. Un producteur de fraises propose aussi de visiter son exploitation.

Alors la fraise bretonne : une tradition ? Un patrimoine gastronomique ? Une spécialité bretonne ?

Lisez cet article en anglais : Gastronomy or heritage : the strawberries of Plougastel

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